mercredi, décembre 30 2009

So this is the new year?

Agenda, 1er janvier 2010, Berlin, décembre 2009

Dans quarante-huit heures on sera en 2010. Evidemment rien ne changera à minuit pile, si ce n’est nos talons de chèques, mais j’aime bien ce rituel du passage à une nouvelle année.

Parce que même si rien ne bouge vraiment, c’est un chouette moment pour laisser des tas de trucs pourris derrière soi ; un instant idéal pour regarder devant avec un sourire XXL scotché au visage, les yeux rivés sur des paillettes de lumière multicolores jetées à la figure des nuages. Autour de minuit, une poignée de minutes s’écoule où pas grand chose ne compte, où les gens font un peu n’importe quoi sans se soucier de savoir si ça va faire du bruit, choquer, attirer le mauvais oeil ou réchauffer la planète.

Le seul inconvénient que je trouve au nouvel an, c’est que ça tombe en plein hiver dans notre hémisphère. Heureusement, pour compenser les températures qui baissent on peut toujours monter le son.
So This is the New Year?

Everybody put your best suit or dress on
Let’s make believe that we are wealthy for just this once
Lighting firecrackers off on the front lawn
As thirty dialogues bleed into one

dimanche, décembre 27 2009

Fantômnal

Lever de soleil, Surat Thani, Thailande, Octobre 2009

J’ai failli vous parler d’insomnies et de brouillard
De nuits à découper ma vie en toutes petites parts
Vous raconter mes rêves, désosser les cauchemards
Évoquer le vacarme incessant, les échos dans le noir
Les futurs improbables, les présents incertains
Les questions sans réponse au petit matin
Sorties de nulle part pour aller je ne sais où

Confusion complète
Chamade incontrollée
Ne restent que des miettes
Cerveau en purée

Des visages, des figures
Et ces voix qui murmurent
J’ai failli vous dire…
Mais je préfère en rire.

mercredi, décembre 23 2009

Heavy Machinery

Ampli, Paris, décembre 2008

Noël approchant, j’ai pensé qu’il vous faudrait quelque chose de zen pour apprécier la magie de l’instant, les bonnes odeurs de sapin et le feu dans la cheminée. Quelque chose qui vous rendrait tout chose pendant que vous sirotez un chocolat chaud en regardant les flocons tomber dehors.

Et puis tout est allé de travers. Alors que je faisais mes courses pépère comme tant d’autres au même moment, les commerçants ont semble-t-il décidé que passer des chansons de Noël en boucle était une excellente idée. Du coup je me suis mis à acheter des tronçonneuses, des produits chimiques, de longs couteaux et des disques de Britney Spears. Moche.

Du coup je vous ai mijoté une playlist un peu différente, je vous laisse juger sur pièce : Heavy Machinery

vendredi, décembre 18 2009

Gardons figure humaine

Mansuy à la guitare sèche, Starlight à la Bélière, Paris, octobre 2009

Vendredi soir, temps de merde. Ça fait une semaine que je prépare une formation et j’ai atteint un niveau de stress remarquable. Je pensais qu’après quatre ans à donner des cours, j’aurais appris à relativiser : en fait pas du tout, je ne ferme pas l’œil de la nuit. Je suis parti pour passer le weekend, le trajet en avion et la majorité de mes heures de sommeil sur mon sujet.

Mais c’est le début du weekend et j’aimerais bien me changer un peu la tête. Je regarde à tout hasard s’il n’y a pas une soirée Rock AG ce soir là à Berlin, ça fait presqu’un an que je la rate. Et là, je réalise que dans deux heures, Wax Tailor joue à 15 minutes de chez moi, dans l’une des salles que je préfère, une espèce de mini Élysée Montmartre local. Mieux encore, il reste des places. J’avale deux boissons énergétiques et je fonce acheter mon billet.

Le concert commence, monsieur Wax Tailor arrive sur scène accompagné d’une flûtiste et d’un violoncelliste. Deux minutes plus tard l’ambiance est déjà folle. Contrairement à pas mal de concerts électro, c’est une vraie performance scénique, avec de multiples variations par rapport aux albums et un gros boulot de VJ pour compléter la musique. Les guests se succèdent et tous ont une pêche énorme ; Charlotte Savary a une voix irréelle et donne la réplique à un chanteur hip-hop qui met un peu plus le feu à la salle à chaque apparition.

Je suis à trois mètres de la scène, sur un petit nuage, hypnotisé par Ludivine Issambourg et sa flûte traversière. Elle danse, sourit, rayonne et me rappelle un peu Babet qui faisait des prouesses sur son violon tout en pogotant pendant les concerts de Dionysos. Mais ce qui me marque le plus quand je la regarde, c’est sa concentration pendant les morceaux - qui change complètement son visage. Je repense alors au chouette concert de Starlight, en octobre, où déjà j’avais scotché sur les visages de Christelle et Mansuy quand ils jouaient. En les regardant tous, on a l’impression de partager un instant de transe, un moment hors du temps où la musique balaie tout le reste.

Les morceaux s’enchainent à une vitesse déconcertante, on en est déjà au rappel. La salle tape du pied sur le vieux plancher de la salle, façon bien berlinoise de dire “encore”, et tous les corps entrent en résonance. On applaudit de plus belle, crie, siffle, et on repart pour une demi-heure de bonheur en beats.

En sortant il neige. La ville entière dort et je suis très loin d’être couché.
Histoire de tenir le coup, j’achète une boisson sur-caféinée.
L’important c’est de rester positif.
Say Yes!

mercredi, décembre 16 2009

Random Noise

Sound!, Tag sur préfa abandonné, Teufelsberg, Berlin, juillet 2009

Franchement, il est temps que cette année 2009 se termine. Je sais bien que ça ne changera pas la face du monde d’incrémenter un bête numéro, mais tout le monde a besoin d’un signal fort, un petit coup de pouce pour mettre plein de choses derrière soi et davantage encore devant.

Ceci étant dit, je ne compte pas attendre le 31 pour mettre fin à la morosité ambiante. Cette semaine, on monte le son d’un cran et on se lâche un peu. Docteur sauvage vous prescrit une bonne dose d’engagement politique, un peu de rêve d’ailleurs, un petit regard derrière pour confirmer qu’on va bien de l’avant, plein d’amour et des grosses guitares.

Random Noise

jeudi, décembre 10 2009

Sur mes lèvres

Atterré, auto-portrait tronqué, Berlin, décembre 2009

Dialogue fictif entre deux jeunes de l’UMP, par shoegoo :

- Hey, si on faisait un lipdub ! ça marche d’enfer, on va trop buzzer !
- Ok ! on va être des vraies stars… Tout le monde va trouver ça super !
- Carrément ! Oh et surtout il nous faut les meilleurs politiques du mouvement. Ceux que toute la France adore !
- Ah ouais trop bien, bouge pas j’appelle Lefebvre et Dati…
- Géniâl !
- Et puis personne ne se foutra de notre gueule au moins.
- Impossible !

Bientôt sur youtube : la bamba triste des jeunesses sarkozistes.

ils nous vendent des idoles, nous voulons des héros, des héros, des héros !

mercredi, décembre 9 2009

La domination masculine

Gravures sur un mur de l'Alhambra, Grenade, juillet 2008

Un samedi, en attendant que Paris s’éveille (vers midi généralement), je suis allé voir La domination masculine. Je n’avais aucune idée du thème et vu l’affiche, je m’attendais à un film français un poil potache. En fait, c’est un documentaire féministe : première excellente surprise.

Le féminisme est très difficile à aborder, quelle que soit la forme, tellement il génère des réactions épidermiques. La seconde surprise donc, c’est que, contrairement à pas mal de gens dont j’ai pu lire les réactions depuis, je trouve que le documentaire s’en sort très bien et aborde les choses assez intelligemment.

Tout commence dans une clinique où l’on pratique des opérations d’élargissement du pénis. D’entrée, pas question d’oppression des femmes ou d’inégalité, on montre les ravages psychologiques qu’entraine le culte de la masculinité, par la présupposée domination induite par le fait d’avoir un appendice externe. On montre des hommes qui sont soumis à la domination masculine, et ça me semble très intéressant d’inclure ça dans la thématique féministe. Histoire de bien montrer que le féminisme, ce n’est pas donner un pénis aux femmes ou les transformer en hommes, mais apaiser les relations homme/femme en démontant un à un les mécanismes qui conduisent aux comportements sexistes.

Ainsi accroché, j’ai vraiment apprécié que le documentaire se penche ensuite sur la réflexion féministe au Québec. On nous montre un groupe relativement hétérogène, sans pour autant tomber dans le cliché. Tous les âges sont là et un homme participe à la réflexion ; c’est probablement naïf de ma part, mais je trouve ça encourageant. Les anecdotes sont touchantes et loin de tout pathos. “- Pourquoi vous êtes devenue féministe ? - Parce que je voulais jouer au Hockey et qu’on me l’interdisait”. On met le doigt sur des problèmes quotidiens, on n’est pas sur des grandes causes mais sur un truc palpable. Je n’ai rien contre les grandes causes, ne me comprenez pas de travers, mais les petits combats me semblent au moins aussi importants pour faire bouger les mentalités, surtout aujourd’hui.

De manière générale, le discours général est frais. Pas de longue diatribe, mais une multitude de questions et de pistes de réponse et de réflexion. Comment la société, l’éducation, l’inconscient collectif minent-ils la situation. Le féminisme actuel est-il excessif, extrême, contre-productif ? (en un mot comme en cent : non). Pourquoi le terme féminisme est-il considéré comme un gros mot ?

Evidemment, on n’échappe pas à deux trois thématiques éculées ; en particulier les jouets de noël. Mais pour qui sont-elles éculées au juste ? Pour moi c’est une étape dans la réflexion féministe, une espèce de déclencheur. C’est donc assez logique que ça soit abordé dans un docu comme celui-là. Là ou en plus c’est finement fait, c’est que tout est montré à travers le discours d’un vendeur. Il n’est pas moqué un instant et il est plutôt sympatique, mais ses explications illustrent à merveille à quel point les archétypes ont la vie dure, même après des années de féminisme.

Ensuite, certes, la thématique de la violence conjugale prend beaucoup de place. Un peu trop à mon goût, mais je comprends le choix qui a été fait et l’impact que cela peu avoir sur une partie du public. Sensationalisme des images mis à part (je me serais vraiment passé des gros plans sur les blessures), une bonne partie du discours permet d’aborder bien plus que la simple violence. Et encore une fois, on fait parler un homme et on illustre une fois de plus comment le féminisme permet de faire avancer tout le monde sans distinction.

Enfin, certains pensent qu’il est ridicule d’aborder le masculinisme au Québec : c’est un mouvement négligeable, on s’étend sur un fait divers, ça n’a aucun sens. Et cette réaction me gonfle profondément ; si un nombre de personnes, aussi restreint soit-il, exprime ouvertement des idées nauséabondes, un nombre bien moins négligeable de personnes assimile et accepte tout ou partie de ce discours sans nécessairement le clamer sur les toits. C’est également très bien illustré dans le documentaire, et de façon relativement habile.

Alors bien sûr, on est en face d’un documentaire engagé. Et tant mieux ! On en est à un point où il faut faire renaitre le débat, et un débat où tout le monde est modéré et plutôt d’accord avec l’autre ne fait avancer personne. Mais sincèrement, c’est pas du Michael Moore. Pendant une grosse heure et demie, j’ai été confronté à des questions et réflexions que j’entends tous les jours, y compris dans ma propre famille, et auxquelles j’essaie de répondre systématiquement (et ça n’est pas simple). Et pendant une grosse heure et demie, on m’a donné des éléments de réponse et d’argumentation intelligents. Pas du tout cuit, pas du pré-digéré, mais des pistes structurées. De quoi vous équiper pour casser la lame de fond, tenter d’empêcher tout le monde de rétrograder sous prétexte qu’on serait allé trop loin.

Inutile de préciser que je recommande à tout le monde de foncer aller le voir avant qu’il ne disparaisse de l’affiche. Tout n’est pas parfait bien entendu, mais ça me semble malgré tout une excellente entrée en matière pour tous les gens qui se demandent quel peut encore être l’intérêt du féminisme aujourd’hui.

mercredi, décembre 2 2009

Nous n'avons fait que fuir

Il faudra qu’on t’enseigne l’esquive frontale,
Une muleta blême,
Qui se rêve immobile.
Qu’est-ce qu’y a, tu dis rien ? Tu as perdu ta langue ? Bah ouais…

T’es figé, les yeux dans le vague, l’air sérieux,
Et la mine lasse de tracer son chemin casse sur les carreaux de ta feuille.
T’es plongé sous des hectolitres d’eau glacée,
Ton coeur ne bat plus vraiment, il palpite et s’emballe et s’arrête et reprend.
T’es terrorisé par les silences, et tu attends que ta vie commence,
Et reprenne sa courbe d’antan

Et c’est au ralenti,
Que le défilé coule,
Et se répand aux quatre coins de l’écran,
C’est entre parenthèse, dans un temps qui n’existe pas

Tu brûles les étapes, pris d’une fiévreuse euphorie.
Ton sang s’arrête au pied des murs infranchissables de ta raison.
Tu décolles et retombe et le vent te porte à croire que ces fissures,
Fêlures, félonnes ne laissent passer aucune lumière.
Tu ravales ta fierté, elle a du mal à passer, dégager,
Elle te marque de sa main de maître et t’enchaîne à ton piquet.

On le sait , on le sait,
On le sait qu’il suffit d’un rayon de soleil,
On le sait qu’il suffit qu’un rien de soleil se pose au bon endroit,
Sur ce balcon foutoir

Mettre en musique toutes ces idées colorées,
Enrayer rageusement la machine à pensées,
Gratter, gratter, tenter sa chance que diable!
Avancer, à reculons, net progrès, formidable,
Essayer encore de respirer normalement
Fragrances entêtantes, magie de l’instant
Raz-de-marée de sentiments
Et sans calendrier, aller de l’avant.

Nous n’avons fait que fuir, nous cogner dans les angles,
Nous n’avons fait que fuir,
Et sur la longue route,
Des chiens resplendissants deviennent nos alliés #

We're so hip

Capsule et décapsuleur, Francfort, décembre 2009

Aujourd’hui nous allons vous parler de nous (vous lisez un blog après tout), mais à la première personne du pluriel. Parce que comme diraient les autres, je suis deux.

À notre gauche donc, manu, le type qui vous explique que la playlist d’il y a deux semaines était un peu trop mainstream. Nous sommes d’accord avec lui évidemment.

À notre droite, sauvage, qui connait secrètement plein de chansons pop et qui joue à Singstar et Lips. Nous même avons tendance à passer un peu trop de temps à invoquer la pluie dans un micro sans fil à paillettes, le tout sur un morceau d’Avril Lavigne ; on ne lui jettera donc pas le caillou.

C’est pas tous les jours facile de contenir ces deux gars là dans la même enveloppe corporelle. Vous devriez les entendre se chamailler, les snobs of a bitch.

Le pire c’est quand ils doivent vous préparer une nouvelle playlist. Ben oui parce que pensez-donc, qu’est-ce qu’on va faire cette semaine, on leur envoie plutôt du mainstream ou du mainstream ?

Contre toute attente, ils sont une fois de plus tombés d’accord pour vous mijoter un truc classe (comme la moustache) et prétentieux (comme les inrocks) : we’re so hip!

“Not all chemicals are bad. Without chemicals such as hydrogen and oxygen, for example, there would be no way to make water, a vital ingredient in beer.” - Dave Barry