mercredi, octobre 27 2010

Trick or Treat

Tortue de terre au bord de l'eau, Bangkok, novembre 2009

Cette semaine on fête Halloween avec la 66ème playlist. J'aurais pu vous ressortir le bonus de la 58ème, Metalhead 66, mais ça n'aurait pas eu grand chose de terrifiant : depuis Steve Estatov et Evanescence, le métal c'est grave mainstream.

Donc à la place des grosses guitares saturées, je vous ai mis quelques violons et beaucoup de piano. Et des Russes, des Allemands et des Français, parce qu'ils font toujours très peur dans les films américains.

PIL #66 And the Band Played Waltzing Matilda

vendredi, octobre 22 2010

Khao Sok 22

Khao Sok, Thaïlande, octobre 2009

Au réveil, tout va un peu mieux ; la tente a résisté aux attaques des mini-monstres suceurs de sang, la pluie n'est qu'un mauvais souvenir, et il y a du café et des tartines grillées. On décide malgré tout de rentrer doucement vers la raft-house, en prenant le temps de regarder la jungle qu'on a traversée le jour d'avant en fixant nos pieds. On est d'autant meilleure humeur que les sangsues semblent avoir quasiment disparu de la surface de la terre ; quand on en voit une, on se fout de sa gueule et on la crâme au briquet par pur sadisme.

On s'arrête près d'un large bras de rivière pour déjeuner, et on en profite pour paresser au soleil, se baigner et se laver un peu. Nopporn nous sort le grand jeu et fait le pitre une fois de plus. On rit de bon coeur. Le chasseur-cueilleur hawaïen nous a préparé des nouilles lyophilisées et ça nous semble le summum du raffinement, accompagné d'un peu de curry de fougère. Un observateur neutre penserait probablement qu'on est sous l'influence d'une drogue euphorisante.

Khao Sok, Thaïlande, octobre 2009

De retour sur la raft house on nous annonce qu'un poisson-chat géant du Mékong a été péché pendant notre absence. On demande une définition de géant, et on n'est pas déçus : ce n'est pas un poisson, c'est un monstre. On s'interroge sur la légalité d'une telle prise dans une réserve naturelle protégée, mais ça n'a l'air d'inquiéter que nous. Du coup, on repasse en mode touriste et on se dore la pilule sur les planches nouvellement posées de la désormais confortable terrasse .

En fin d'après midi, on reprend le bateau dans l'espoir d'apercevoir les gibbons moqueurs qu'on entend depuis le début du séjour. On verra des tas d'oiseaux, des singes pas franchement effrayés et des poissons multicolores. On se gavera les yeux avec le paysage, essayant d'imaginer la dense végétation sous l'eau, qui reprendra ses droits d'ici quelques semaines après la décrue et dont on ne voit que la cime des arbres qui dépasse. Et on usera nos pellicules virtuelles sur le coucher de soleil, qui à lui seul mérite un séjour ici. Mais on ne verra aucun gibbon.

Khao Sok, Thaïlande, octobre 2009

Après le dîner, Nopporn a demandé à la vieille femme qui nous a accompagnés avec la famille de nous raconter son histoire. Mais finalement c'est lui qui nous raconte un bout de sa vie, et on découvre qu'il a créé plusieurs entreprises et brassé des sommes astronomiques (en bahts, ce qui relativise un peu). C'est un peu dramatique de l'entendre ainsi nous expliquer qu'il s'est fait plumer à chaque fois, mais il y met tellement de sourires et de bonne humeur qu'on se marre avec lui. On lui raconte alors un peu nos métiers à nous, la vie en Europe - autant de choses qu'il a déjà dû entendre cent fois mais auxquelles il prête une attention sincère.

Une légère brume se lève sur le lac et d'invisibles macaques gloussent dans la nuit. On souffle doucement sur nos cafés en souhaitant que le temps ralentisse un peu. On est bien là.

jeudi, octobre 21 2010

Khao Sok 21

Jungle de Khao Sok, Thailande, octobre 2009

Ce matin, départ en long-tail boat. Il fait très beau, les gibbons rigolent au loin et un aigle nous suit pendant quelques instants. On est tous survoltés à l'idée de ce trek en pleine jungle tropicale, et ça n'est probablement pas à cause du café soluble qu'on descend comme si c'était de l'eau sucrée. J'ai mis mes plus beaux habits dans mon sac à dos, en particulier un magnifique treilli de chasseur au couleurs chatoyantes. On arrive assez vite à destination, et on s'enfonce dans la dense végétation en suivant Nopporn et son guide, que j'appellerai ici le chasseur cueilleur hawaïen et dont le métier consiste entre-autres à sillonner le parc national pour lutter contre le braconnage.

Au départ tout se passe bien. On est attentifs aux traces d'animaux, on marche calmement, et on se glisse pas mal dans la peau de notre personnage d'aventurier téméraire. On a remonté nos chaussettes jusqu'aux genoux histoire de garder la classe en toute circonstance, et on chanterait presque il en faut peu pour être heureux (mais on a tous oublié notre culotte orange). On remarque à peine qu'au sol, des dizaines de petits organismes semblent attirés par nos chaussures et se mettent en branle dès qu'on approche.

Jungle de Khao Sok, Thailande, octobre 2009

Et puis il se met à pleuvoir. La nature mouillée prend vie, c'est très joli. Mais les petits organismes au sol grouillent désormais : ce sont des sangsues, et elles s'attaquent à nos mollets. Commence alors une chasse sans merci ; d'une pichenette on en éloigne une qui est presque arrivée au dessus de la chaussette, tandis qu'on en fait sauter une autre du bout d'un bâton. On prend soin les uns des autres, on scrute nos pieds respectifs, la guerre est déclarée. On arrive au bord d'une rivière, qu'on entreprend de traverser ; on a de l'eau jusqu'à la poitrine et on doit porter nos sacs et tout le bardas de camping à bout de bras. Sur l'autre rive, le chasseur-cueilleur hawaïen nous prévient que les sangsues vont désormais grouiller, et que si on n'aime pas ça il va falloir prendre des mesures radicales.

On s'asperge donc d'anti-moustique (qui par effet de bord, fait fuir les sangsues et fondre le plastique) et d'une décoction à base de café et de tabac. Les premiers tests sont concluant, les sales bestioles font grave la tronche et descendent de nos pompes dès qu'elles y ont touché un peu trop longtemps. On reprend notre exploration, toujours un poil paranoïaques malgré tout. La pluie cesse, mais on doit de nouveau traverser la rivière ; l'anti-moustique a beau être redoutable, les eaux ne s'ouvrent pas devant nous et il fuit nos chaussures. Les hostilités reprennent, la bataille des sangsues fait rage. Au bout d'une heure, on décide que ça va bien, qu'après tout ce ne sont que des sales bêtes inoffensives, et on se laisse tranquillement dévorer. Sauf F. qui ne lâche rien et refuse le don du sang.

Jungle de Khao Sok, Thailande, octobre 2009

On fait une pause au soleil, sur un petit îlot de rochers. Nopporn nous propose de nous débarrasser des sangsues qui se seraient accrochées malgré notre vigilance, et on s'exécute. Je n'ai rien sur les jambes, tout va bien. F. saigne un peu, L. a l'âme guerrière et est en pleine hémorragie, et P. s'en sort à peine mieux. Par acquis de conscience, je sonde le reste de mon corps, et découvre avec horreur deux sales bêtes gorgées de sang dans... mon boxer. Bien. Parfait. Panique, psychose - la raison me quitte. Impossible de penser à autre chose désormais, la jungle est devenue mon enfer personnel.

Un peu plus tard, un peu moins loin que prévu, on monte le camp. On est épuisés, physiquement et psychologiquement. Il se remet à pleuvoir, on fait une sieste pendant que nos guides vont à la pêche pour le dîner. On se réveille quand le jour commence à tomber et on discute en cramant des sangsues au briquet, recroquevillés au milieu d'une bâche étalée entre nos tentes. On nous sert la nourriture dans une vaisselle éphémère, mi-plastique mi-bambou, et malgré la tension et la fatigue on s'émerveille. Au menu : poisson grillé, sauce au piment, curry de fougère et riz - c'est délicieux. On convient avec Nopporn qu'il serait préférable pour notre santé mentale de ne passer que deux jours dans la jungle au lieu des trois prévus, et on se couche en espérant très fort que la tente saura résister aux assauts de l'armée des sangsues.

mercredi, octobre 20 2010

Khao Sok 20

Surat Thani, Thailande, octobre 2009

Réveil à 5 heures par le contrôleur, qui nous apporte un jus d'orange sucré. Suivi d'un petit déjeuner complet, qu'on prend à la sauvage sur la table de P. et L. Le jour se lève et on prend le frais par la fenêtre entre-ouverte. Il me faut bien cinq minutes avant que mon cerveau ne percute, mais je finis par me jeter sur mon appareil photo pour aller immortaliser le décor de rêve qui défile. Les portes du train sont toujours ouvertes, je m'asseois sur la margelle pour embrasser le plus possible le paysage. Une petite voix me traite de fou dangereux, mais tout est tellement parfait...

On arrive à Surat Thani à l'heure. Mathilde, une expatriée française qui organise notre séjour dans la jungle, nous a lancé un défi : trouver le bon autocar, et arriver au point de rendez-vous sans accroc. À la gare, on a encore une fois du mal à passer inaperçus avec nos gros sacs et nos têtes de farangs, et on se fait démarcher par tous les Thais qu'on croise - ils nous proposent tous la même chose : nous emmener au bon endroit pour quelques centaines de bahts. Mais on est têtus et on file droit vers l'arrêt de bus. Une fois qu'on est à peu près sûrs de notre coup on se présente au conducteur, qui vire deux moines pour nous permettre de monter. En vérité, on ne sait pas bien si on va où il faut ni si on va arriver à se faire comprendre, mais on est en route et il est trop tard pour changer d'avis.

Par je ne sais quel miracle, on nous signale notre arrêt et on arrive à l'heure dans un patelin au milieu de nulle part, coupé par la route et groupé autour d'un 7-eleven et d'un petit marché frais. En attendant Mathilde et Nopporn, notre guide, je vais acheter quelques boissons énergétiques pour tenter de rester éveillé. Quand ils arrivent, Mathilde nous offre des pâtisseries à base de coco et de banane qu'elle vient d'acheter sur le marché. Les autres font les présentations pendant que je zone dans un état second, et on saute dans le pick-up direction le parc national de Khao Sok.

Khao Sok, Thailande, octobre 2009

On change alors de moyen de transport pour traverser le lac. Au moment de monter dans le long-tail boat, je manque de le faire chavirer et je sauve mon sac de la noyade de justesse. Il est désormais évident que j'ai un putain de pied marin. On embarque une famille Thai avec nous, et on se dit que tiens, on n'est pas les seuls touristes. Deux heures et demie plus tard, on en a pris plein la vue. Ceux dont la peau y arrive encore ont entretenu leur bronzage, les autres ont vidé leur tube de crème solaire. Et on se rend compte qu'en définitive, la famille qui nous a accompagnés va être à nos petits soins pendant 5 jours. Notre demeure sur le lac est constituée de maisons flottantes dont une partie est maintenant sous l'eau, le niveau étant inhabituellement haut. Des ouvriers sont en train de clouer une terrasse de fortune pour nous, et se lanceront ensuite dans la restauration complète des lieux. En attendant, le silence est impressionnant et la jungle nous appelle déjà. Pour patienter, P., L. et F. piquent une tête dans le lac.

Quant à moi, je vais me changer d'abord. Je passe sur la terre ferme en empruntant un passage fait de planches en bois vaguement clouées les unes aux autres. L'eau est claire et fourmille de jolis poissons colorés. J'accélère un peu le pas, les poissons c'est pas trop mon truc. J'enfile rapidement mon maillot de bain et, mes fringues sous le bras, je retourne sur la raft-house par le même chemin. À mi-parcours, une planche cède sous mes pas et je me retrouve à battre furieusement des pieds pour garder ma tête, mes fringues et mon téléphone portable hors de l'eau. Je me dis que j'ai vraiment dû trop manger, et aussi que j'ai un super mauvais karma. Je devrais nourrir plus les poissons, mais je vais éviter de donner de ma personne directement quand même. Je regagne les planches, et Nopporn s'approche, un peu inquiet. Tout va bien, je me suis juste ouvert un peu le pied mais j'ai sauvé ce qui devait l'être. Il me désinfecte et me met un pansement, avant de gentiment se foutre de ma gueule.

- C'est la deuxième fois que tu fais un truc clumsy aujourd'hui. Je vais t'appeler Feufah.
- Mais! C'est pas de ma faute là, le truc a lâché sous moi !
- Feufah, en Thai, ça veut dire maladroit. Il en faut toujours un dans le groupe, et maintenant, c'est toi. Hé hé.
- Feufah ! Feufah ! - les autres sont sortis de l'eau et valident instantanément ce nouveau sobriquet.

Khao Sok, Thailande, octobre 2009

Pour le déjeuner, notre famille d'accueil nous a préparé un en-cas copieux, mais n'a mis aucun piment. Nopporn s'approche avec son plat et commence à nous en décrire le contenu. F. le regarde, lui demande si c'est du nam prik, et il écarquille les yeux. Quand P. et F. lui expliquent qu'ils cuisinent et qu'ils aiment beaucoup la nourriture Thai, il nous propose de goûter ; on se jette dessus comme des crevards, c'est délicieux. Nopporn n'a pas l'air d'en croire ses yeux et appelle les autres, qui se plantent derrière nous et commencent à discuter entre eux. Il est ensuite convenu qu'à partir de maintenant, on mangera comme eux ; visiblement ils sont impressionnés. Soit ils jouent tous très bien la comédie, soit on risque de morfler ce soir au dîner. Peut-être un peu des deux.

On fait une petite sieste là-dessus, pendant laquelle je me fais bouffer par une bête. Vu les piqûres, on dirait une araignée. Je passe ça sous silence dans l'espoir vain que tout le monde aura oublié mon nouveau surnom, mais en sortant de la case les ouvriers préviennent Nopporn que Feufah est réveillé. Non que je parle Thai hein, mais il y a des choses comme ça qu'on comprend sans avoir besoin des mots. On reprend le bateau pour faire une balade sur le lac, voir quelques singes faire des galipettes et le soleil se coucher. Impression décidément tenace d'être au paradis.

Au dîner, on mange un poisson fraîchement pêché dans le lac et délicieusement grillé. Le tout accompagné d'une petite sauce au piment toute bête, dont je note la recette. Nopporn nous demande si on veut plutôt passer deux ou trois jours dans la jungle, et après une concertation éclair, on opte pour trois. Couchés au dessus de l'eau à regarder les étoiles, on discute un peu avant de céder à la fatigue.

Silent Alarm

Haut-parleur, Müggelsee, Berlin, août 2009

We sit and we sigh
And nothing gets done
So right, so clued-up
We just get old

And all the while
Been torn asunder

Nicotine
And bacteria

What are we coming to
What are we gonna do

PIL #65 Silent Alarm

mardi, octobre 19 2010

Ayutthaya 19

Ayutthaya, Thailande, octobre 2009

Levés aux aurores (huit heures du matin, c'est inhumain), on petit déjeune à la guest house. On file ensuite vers les ruines de la vieille ville d'Ayutthaya, histoire d'en profiter un peu avant que le soleil ne nous transforme en homards. On commence doucement en faisant une longue promenade sur le site du Wat Phra Sri Sanphet, suivie de la visite d'un temple moderne histoire de nous rafraîchir. On regarde de loin le Wat Phra Ram en regrettant de ne pas pouvoir y mettre les pieds, et on traverse les jardins de l'ancien palais royal. On joue à Indiana Jones dans les ruines du Wat Mahathat, où une tête de Bouddha s'est faite emprisonner dans les racines d'un arbre. Morts de soifs, on s'arrête acheter de l'eau et des éventails, dont il ne subsistera plus rien quelques heures plus tard.

On finit notre visite avec le Wat Ratchaburana, que je parcours de long en large avec mon appareil photo et l'opéra de Carl Orff en boucle dans la tête (c'est très agaçant quand ça arrive). Il nous faut quelques longues minutes en plein cagnard avant de nous réorienter et de trouver un taxi qui nous dépose en ville. On flâne entre les étals d'un petit marché, avant de filer dans une banque climatisée (bonheur) pour retirer un peu d'argent. Retour à la guest house, élue meilleur restaurant du coin. On s'installe peinards au bord du fleuve et on dévore.

Ayutthaya, Thailande, octobre 2009

L'après-midi est maintenant bien entamée, et on part pour la gare où on s'achète des billets de train extrêmement chers pour Bangkok (20 bahts, soient 50 centimes d'euro). À ce prix là évidemment, on voyage debout en troisième classe, mais il n'y a pas grand chose qui puisse entamer notre bonne humeur. On arrive à la gare de Bangkok quelques heures plus tard, et au moment où on met le pied à terre tout le monde se fige. Les hauts parleurs de la gare entonnent l'hymne national, et tout le monde observe un silence religieux. Il ne nous reste plus qu'à attendre le train suivant - celui qui doit nous conduire dans la jungle.

Comme on est un peu en avance, je vais m'acheter des brochettes et des saucisses fourrées au fromage, histoire de ne mourir ni bête ni de faim. Les autres me regardent bizarrement, visiblement il est inconcevable que je sois encore capable d'avaler un truc sans exploser. Ils vont néanmoins se chercher un café frappé quelques minutes plus tard. L'heure arrive de monter dans le train, et cette fois on est en classe grand luxe. Le contrôleur nous apporte le menu, devant lequel on salive copieusement. Il nous propose de la bière, qu'on accepte, et il arrive avec un sceau rempli de glaçons et 3.5L de Singha. Avec les canettes qu'on avait achetées en prévision du voyage, on devrait avoir de quoi voir venir. Quand le repas arrive on lui fait une petite place dans nos estomacs respectifs et l'univers se dilate un peu plus.

Ayutthaya, Thailande, octobre 2009

La bière et la fatigue font assez vite leur oeuvre, et on part dans des discussions improbables sur fond de Tryo - c'est du roots :
- Ce qui est bien, c'est qu'on n'a pas de rail de notre côté
- On n'a pas de rail, mais on a de la pop...
- Ouais et pas de rail, pas de chocolat
- Plus on est de de fous, moins y'a de rails
- Si on était à cheval, on serait montés sur du rail-selle
- Vous croyez qu'on aura un bol de rail au petit déjeuner ?

Le contrôleur passe nous demander si on veut encore de la bière, et on refuse poliment dans un anglais imbibé. F. et L. vont fumer une dernière cigarette à l'arrière du wagon ; je les rejoins en me tenant aux parois et constate qu'on roule toutes portes ouvertes. Je grimpe ensuite dans ma couchette, tire le rideau avant de m'endormir, bercé par le vrombissement régulier d'un ventilateur.

lundi, octobre 18 2010

Ayutthaya 18

Ayutthaya, Thailande, octobre 2009

Le temps file bien trop vite ; j'ai à peine eu le temps d'apprivoiser un petit bout de Bangkok qu'on part déjà vers d'autres contrées. Malgré tout, on est tous excités à l'idée d'aller voir les ruines d'Ayutthaya. On se rend en taxi à la gare routière, d'où on saute dans un bus grand confort. Je prolonge un peu ma nuit, avant de profiter du paysage qui défile par la fenêtre. En arrivant, on chope un tuk-tuk jusqu'à la guest house où on prend nos quartiers. Il fait très chaud, on a tous bien faim et pas mal la flemme ; on s'installe donc en terrasse et on commande à manger.

Du repas, on ne garde qu'un souvenir, indélébile : on n'a jamais mangé un aussi bon poulet cajou. Et pourtant, à nous tous on commence à en avoir un certain nombre au compteur. On se demande si on kidnappe le personnel en cuisine tout de suite ou demain, mais on a tellement bien mangé et bu qu'on va se planquer à l'ombre pour faire une sieste avant d'avoir pris une décision. Au réveil, on se retrouve sur le balcon en teck. On décide qu'on est quand même pas mal du tout là, et qu'il fait bien trop chaud pour aller visiter quoi que ce soit. On descend des bières en regardant passer le liseron d'eau sur le fleuve.

Ayutthaya, Thailande, octobre 2009

En fin d'après midi, la température a suffisamment baissé pour qu'on envisage d'aller se promener un peu. On se dirige vers un petit Wat mignonnet où on nourrit quelques énormes poissons-chats après avoir payé hommage au Bouddha local. On file ensuite vers un marché de nuit, profitant de l'ambiance et de la fraîcheur du soir. Avant de nous dire que ça fait longtemps qu'on n'a rien englouti de solide, et qu'on mangerait bien.

Ayutthaya, Thailande, octobre 2009

Pour une fois, on ne va pas manger Thai. On trouve une steak house locale recommandée par un de nos guides, où je mange une soupe (logique). L. prend un Phad Thai (lalala) qui va s'avérer atroce, et seul P. opte pour un steak façon truc, a posteriori le choix le plus raisonnable de la carte. Un peu déçus par ce repas, on hésite à retourner manger un poulet cajou à la guest house. Finalement on opte pour une bière fraîche, et on finit la soirée à regarder des Thais descendre plusieurs bouteilles d'alcool de riz. Une bonne, vraie journée de vacances, en somme.

dimanche, octobre 17 2010

Bangkok 17

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Ce matin, P. et moi allons chez le tailleur pour nous faire faire des costumes et des chemises sur mesure. Direction Sukhumvit par le Sky Train ; on s'arrête dans l'énorme complexe commercial Emporium - qu'on finit assez rapidement par fuir, impatients d'en découdre avec notre objectif du matin. La séance de mesure est assez rapide, et on prend rendez-vous l'après-midi même pour faire un pré-essayage, histoire de vérifier qu'on part sur les bonnes bases.

Malgré l'efficacité du tailleur, on a perdu pas mal de temps en transports et il est temps d'aller déjeuner. Ce qui nous réjouit toujours, au demeurant - si on pouvait manger 24/7 on ne se priverait pas. On se dirige donc tranquillement vers Phat Pong, et on se pose au Mango Tree. P. demande des crevettes crues ; le serveur lui indique qu'elles sont vraiment crues, on fait genre on n'est pas des touristes, bring it on. On est à l'ombre en terrasse, mais on sue un peu sous le soleil de plomb. Je demande une bière Kloster, que John Burdett prétend infiniment supérieure à toutes les autres, mais ils n'en ont pas. Je me replie sur une Singha, que le même auteur compare à de la pisse d'âne, et je me dis qu'il abuse grave.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

A la fin du repas, on repart chez le tailleur avec P., tandis que F. et L. vont lézarder avec les varans au parc du Lumphini. On est un peu jaloux, mais c'est le prix à payer pour pouvoir parader dans nos beaux vêtements à notre retour en Europe. Et puis on est en vacances, on a le temps de prendre le temps. L'essayage prend trois secondes chrono, et on se dit qu'on va essayer le métro pour changer du BTS. Ledit métro est hyper moderne, et utilise des jetons RFID en guise de tickets. On se dit qu'on va prendre les escaliers en sortant, ça nous fera digérer l'orgie du midi. Et puis on est sportifs oui ou merde ?

Merde. Quelques milliards de marches plus tard, on émerge du métro avec des crampes, quelques kilos en moins et une dalle de l'espace. On se dit que plus jamais, et on retrouve les autres dans le parc, où on se plante devant une foule de Thaïs disciplinés en train de faire de l'aérobic en plein air. Avant de repartir vers le Vertigo Bar, d'où on rêve de pouvoir admirer le coucher de soleil en sirotant des cocktails. Une fois arrivés au 61e étage, on s'accorde un instant pour reprendre notre souffle : Bangkok vu du ciel c'est la grande classe.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Malgré tout, j'ai pris cher aujourd'hui et je suis tout faible. Je commande un Bloody Mary en guise de transfusion, et commence à mitrailler et constituer des panoramas. Avant de bricoler un pied pour l'appareil et de faire des photos de nos bouilles réjouies, au sommet du monde sous les étoiles. La nuit tombe, et on laisse notre place pour aller voir des matches de Boxe Thaï au Lumphini Stadium. On arrive bien trop tôt, et on se pose au milieu de la foule de vendeurs avec une boisson fraîche. On discute de ce qu'on va voir, je préviens que je m'évanoui rien que de penser à du sang, et on me répond, l'air taquin, de ne pas m'en faire, que les bancs sont confortables.

Le premier match commence et on s'apperçoit qu'il n'y aura que des combats de jeunes Thaïs. C'est un peu perturbant de voir des gamins se taper dessus de la sorte, mais on se laisse assez vite prendre par le spectacle. J'essaie vainement de capturer l'ambiance avec mon appareil photo, mais il y a toujours une corde mal placée sur laquelle mon boitier fait sa mise au point. Un peu frustré, je finis par laisser tomber pour en profiter un peu. P. est un peu déçu de ne voir aucun combat d'adultes, plus violents et francs du collier. Je me dis qu'au moins je ne m'évanouirai pas ce soir. Une fois le tournoi terminé, on va manger un morceau. Juste au moment de régler, le ciel se déchaîne et la rue se transforme en Khlong. On saute dans un taxi en direction de l’Amari Watergate, qui ce soir porte vraiment bien son nom.

samedi, octobre 16 2010

Bangkok 16

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Pas de soupe de riz au petit-déjeuner ce matin ; ici on nous prépare oeufs, jus de fruit, pancakes et pain perdu à volonté. Et si l'envie nous prend, il y a un bar à sushis, entre autres. Malgré l'abondance, on arrive à décoller relativement tôt pour aller nous balader en long-tail boat sur les khlongs. On commence par naviguer sur le Chao Phraya, les hôtels de luxe d'un côté, un quartier populaire de l'autre. Au loin, le Wat Arun - le temple de l'aube - pointe son immense Prang vers le ciel. Le pilote nous propose de nous arrêter pour le visiter, mais L. et moi n'avons pas encore fini de digérer tout le kitsch et les Bouddhas du jour précédent. On continue donc, et on bifurque dans un canal perpendiculaire au fleuve.

Pendant deux bonnes heures, on navigue alors au milieu d'un Bangkok totalement différent. Ici les rues sont des voies navigables et les maisons sont pour la plupart sur pilotis. Pour le reste, les Sois sont tout aussi étroits, il y a tout autant de temples et de chiens galeux. Notre pilote est silencieux et, en partie grâce à l'intervention du gang des concierges par le biais duquel on a réservé le bateau, nous évite les arrêts arnaques où on se serait fait plumer pour un soda. Tranquillement affalés dans notre bateau, on découvre une autre facette de Bangkok, un peu perdue au milieu d'une jungle sauvage. Et malgré le toit en toile colorée du long-tail boat, on prend tous une teinte écrevisse en un temps record.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Fin de matinée, exit les khlongs. On nous dépose sur un quai en plein Chinatown, mais on n'a pas fait deux pas que la mousson qui nous avait épargnés jusqu'ici nous tombe dessus. On passe un bon quart d'heure à observer la lourde pluie tomber, c'est franchement hypnotique. Les Thaïs prennent un petit air amusé en voyant nos têtes, mais ne s'aventurent pas pour autant hors des abris. Un peu inconsciemment, on décide que ca va bien. Qu'on ne va pas laisser un peu d'eau se mettre sur notre chemin. Et on marche sous l'averse, qui semble se calmer. Dix minutes plus tard on est tous trempés jusqu'aux os, et on s'engouffre dans un restaurant chinois pour déjeuner et attendre que ça passe. La pièce est climatisée, il doit faire 15 degrés, mais quand on nous apporte les premiers plats on sourit comme des bienheureux.

Une fois englouties les pinces de crabe farcies à l'ail et autres délices dont le nom m'échappe désormais, on reprend notre balade dans Chinatown. Le soleil est de retour et nos vêtements sèchent vite. On se dit qu'on profiterait bien de la piscine de l'hôtel et on prend un Tuk-Tuk pour rentrer. Ceci fait, je pionce telle une grosse loutre, histoire d'être frais pour le dîner.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Mes amis étant formidables, ils ont réservé une table dans un restaurant gastronomique japonais pour fêter l'enterrement définitif de mon statut de jeune. On prend un taxi pour s'y rendre, et il se remet à tomber des cordes. Ou des hallebardes. Petit moment de panique quand la voiture doit traverser une flaque de 40cm de hauteur, mais le conducteur a l'air zen. Il nous dépose au pied de l’hôtel hébergeant le restaurant, et le décor est posé. Je ne regrette pas d'avoir pris un costume et des chaussures cirées, mais je me sens un peu pauvre malgré tout. En Europe on nous aurait probablement regardé avec dédain, ici on nous accueille avec le sourire et on nous mène vers une petite salle privative. Les serveurs et serveuses se mettent à genoux et se déplacent dessus, c'est un peu perturbant.

On commande tous un menu dégustation, et je vais de surprise en surprise en découvrant des plats et une tradition culinaire dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Ce voyage est décidément en train de rééduquer mon palais. Arrivés au bout de nos sept plats, un majordome entre-ouvre la porte coulissante, je ne vois que sa tête. Il demande qui ici est monsieur sauvage, et - selon des sources fiables - je change de couleur. En une fraction de seconde, une centaine de situations embarrassantes défilent dans ma tête. Je bégaye une réponse, la porte s'ouvre complètement, et une partie du staff débarque dans la pièce avec un gâteau en chantant un happy birthday. Les trois autres éclatent de rire, et j'hésite entre les réprimander et les prendre dans mes bras tous ensemble. Je souris et souffle sur les bougies. En sortant, je fais une petite note discrète dans mon petit carnet : Best birthday ever. Je vous aime.

vendredi, octobre 15 2010

Bangkok 15

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Ce matin on prend un taxi avec L. pour aller visiter le Wat Pho et le Grand Palais. Pendant deux à trois heures on déambule, un peu incrédules, au milieu de bâtiments recouverts d'or, de mosaïques à rendre épileptique un daltonien et de statues de Bouddha géantes. Sauf le Bouddha d'émeraude, ou de jade, ou de jaspe je ne sais plus, qui est à la Thaïlande ce que le Manneken Pis est à la Belgique. On tourne aussi un bon quart d'heure autour du Grand Palais sans en trouver l'entrée, et tous les cent mètres un local nous explique que c'est fermé, mais qu'il nous fera faire une visite à 16h si on le souhaite. Prévenus d'avance, on continue notre petit bonhomme de chemin en souriant et en suant.

Tout ça est très impressionnant, mais on atteint rapidement le point où le bling bling prend le dessus sur l'architecture, et on sature grave. Ce qui tombe bien puisqu'on n'a pas prévu d'y passer la journée. On saute dans un taxi au hasard, direction le quai Thewet. Mais le conducteur ne parle pas un mot d'anglais, ne connait visiblement pas la ville, et ne sait pas lire une carte. On gesticule alors qu'il roule un peu au pif, ayant vaguement compris "Ayutthaya" quand on lui a désigné la rue. Au pire on se dit qu'on finira à pied, mais on suit quand même le trajet que fait notre chauffeur sur la carte qu'on a pris soin d'apporter. J'ignore comment, mais on finit par arriver au bon endroit, presqu'à l'heure pour retrouver P. et F. qui sirotent un Watermelon Juice à l'ombre.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Au bord du Chao Phraya, les gens vendent des croutons de pain en gros sachets. On nous explique que nourrir les poissons donne du bon karma, et on s'exécute. Une horde de poissons-chats transforme la surface tranquille du fleuve en un tapis vivant. Je n'ai jamais rien vu d'aussi impressionnant, et je me demande avec un brin d'angoisse ce qu'il adviendrait de moi si je tombais à l'eau. Histoire d'imiter les poissons, on se dirige ensuite vers un petit restaurant au fil de l'eau.

L'endroit est parfaitement improbable. Il nous a fallu traverser un pont de fortune à moitié inondé pour y arriver, et je me suis demandé un instant si P. savait vraiment où il allait. On passe par les cuisines pour atteindre une grande terrasse en bois. Une serveuse Katoey prend notre commande et on fait un peu les gourmands en commandant 1kg de grosses crevettes grillées, quatre poulet-cajous, un curry vert et quatre Singha géantes. Une fois le repas englouti, on hésite à commander la même chose. On fait bien de s'abstenir : il est 16h, le niveau de l'eau a monté et on doit emprunter un autre chemin pour quitter l'endroit, mettant en péril chaque planche à cause du surpoids. Et on est tous un poil pompette.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

En fin de journée on migre vers l'Amari Watergate, notre nouvelle maison cinq étoiles. On se fait surclasser en executive, ce qui nous assure une vue imprenable sur la ville et un accès exclusif et gratuit au bar tous les jours à 18h. Ça ne va pas arranger notre foie tout ça. On lance une tournée de Martini-Gin, et F. y ajoute un jus de pomme - pour le rendre buvable soit disant. P. est malade, il a dû trop manger. On dîne en comité réduit à l’hôtel, et on part se balader avec F. Deux heures plus tard, on s'arrête sur le bord de la route pour manger un khao niao ma muang - un riz gluant au lait de coco recouvert d'une tranche de mangue fraîche - en refaisant le monde.

Et croyez-moi ou non, mais une bouchée de ce dessert improvisé justifie à elle seule le voyage.

jeudi, octobre 14 2010

Bangkok 14

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Il est 8h du matin, la télé est allumée et F. regarde les informations. Je regarde par la fenêtre pour me convaincre qu’il s’est bien écoulé quelques heures, et le spectacle qui s’offre à moi par la fenêtre me coupe un peu le souffle. On descend prendre un petit déjeuner à base de soupe de riz, de piment et de pancakes ; c’est la semaine allemande à l’Asia, mais je n’ai pas trop envie de manger des saucisses de Nuremberg à plus de 8000km de Berlin, curieusement.

Alors que j’examine mon jus d’orange - probablement un liquide radioactif dans lequel on a renversé un pack de sucre - un serveur m’arrache mon assiette et mes couverts. On le regarde en faire de même avec les assiettes de tout le monde, un peu estomaqués. On demande si on peut se resservir quand même et on se moque de nous avec le sourire en confirmant que bien entendu, on peut. F. finit à peine sa deuxième assiette que le serveur lui dérobe son assiette et ses couverts. C’est décidé, on va l’appeler Terminator.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Après avoir vidé les cuisines de l’hôtel et abusé du nettoyage express de Terminator, on file voir la Jim Thomson House, à deux pas. P. et F. y sont déjà allés, mais ils font la visite quand même. Je les soupçonne d’être secrètement amoureux de la guide qui nous raconte l’histoire de ce fabuleux pilleur comme s’il était encore en vie. Visiblement, la grammaire Thaïe ne connait qu’un temps : le présent. Si on ajoute à ça qu’ils sourient tout le temps, c’est vraiment le pays du Carpe Diem.

Jim Thomson, donc, a reconstitué une mini-jungle autour d’une maison typique, qu’il a empruntée à un village, démontée et remontée ici au milieu de Bangkok. Juste à côté il y a un khlong - un canal - et la maison a son propre embarcadère. D’énormes bateau-bus passent régulièrement en lâchant une épaisse fumée noire, et je commence à comprendre pourquoi l’air est si opaque et lourd. En sortant, F. me met dans les mains un M150, version locale et non gazeuse du Red Bull. Quelque chose me dit que je vais vite devenir accro à ce truc.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

On mange au Food court, celui-là même qui nous a fermé au nez hier soir, et on profite de ce qu’on est au MBK pour acheter des vêtements pour la jungle, la semaine prochaine. On digère en se baladant sur le Sky Walk, qui longe un moment le Sky Train au dessus des rues de la ville. A côté du type qui a décidé d’ériger cette artère géante de béton au milieu de Bangkok, Haussmann fait figure de type frileux. Vu d’au dessus, Bangkok est complètement schizophrène. La haute technologie côtoie les Soïs surpeuplés, et le réseau électrique n’en finit pas de m’émerveiller. Il est encore un peu trop tôt pour boire une bière, et on finit par se jeter dans la piscine de l’hôtel.

Une heure plus tard je vois tout flou. Je commence par croire que c’est le voile de pollution qui rend le paysage laiteux et indéfini, mais de toute évidence je suis le seul concerné. Et le seul à avoir ouvert les yeux dans l’eau. Malgré tout, on se dirige vers un restaurant Thaï un peu chic et on commande la moitié de la carte. Derrière nous, quelqu’un joue d’un instrument dont le nom m’échappe ; c’est sympathique, mais on n’est pas mécontent de retrouver la rumeur de la ville à la fin du repas. On se dit qu’il est quand même un peu tôt pour se coucher, et on entre au hasard dans le bar en face de l’hôtel. Un groupe local donne un concert de furieux, reprenant des classiques du hard rock en yahourt. Après de multiples fou-rires, on retourne à l’hôtel avec des étoiles dans les yeux. Et, dans mon cas, un résidu tenace de chlore qui n’en finit pas de me défoncer la rétine.

mercredi, octobre 13 2010

Bangkok 13

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Après plus de quatorze heures d'avion, nous sommes bien arrivés à Bangkok. Rien ne ressemble plus à un aéroport qu'un autre aéroport, et pourtant... cette fois c'est différent. Ne serait-ce que parce qu'avec nos têtes, il va nous être impossible de nous fondre dans la population locale. De fait, on se fait gentiment sauter dessus dans un anglais approximatif par une horde de faux taxis qui squatte le hall. On affiche un sourire benoît, et on se dirige vers la station, à l'extérieur.

La porte s'ouvre et je me prends ma première baffe. Il est 18h45, il fait 35°C, c'est la nuit et je n'ai jamais respiré un air aussi lourd et moite de toute ma vie. Après un enregistrement et dix petites minutes, on saute enfin dans une voiture rose, et on demande au chauffeur d'activer le taxi-meter et de nous déposer à l'hôtel Asia.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Pendant le trajet on papote avec le conducteur, nos gros bagages sur les genoux. On découvre ou redécouvre la banlieue de la ville, parsemée de publicités géantes pour des pneumatiques ou pour des appartements de luxe. Au moment de payer le péage, on réalise notre première conversion mentale baht-euros du séjour ; je n'ai pas encore trop idée de ce que ça représente, mais je vais vite comprendre que j'aurais pu manger quelques repas avec cette somme.

Le taxi nous lâche à côté de l'hôtel, dont le hall ressemble à un restaurant chinois kitschissime. On nous explique que notre carte bleue n'est pas une carte de crédit, malgré le logo Visa bien visible. On était prévenu, et on insiste, mais on finira par régler en cash. On prend possession de nos chambres, en faisant un effort pour ne pas nous coucher tout de suite. La piscine nous fait de l'oeil par la fenêtre, mais il est trop tard pour piquer une tête.

Bangkok, Thailande, octobre 2009

Direction le MBK, pas trop loin. Le food court ferme, on se replie sur une fondue coréenne. P. et F. semblent un peu déçus, et on convient d'aller manger un truc dans la rue après ça. En chemin, on passe sous la structure imposante du sky train. Je sors mon appareil photo, mais il me faudra bien une heure avant qu'il ne s'acclimate à la ville : une épaisse couche de buée s'est fixée sur le verre de l'objectif. On traîne un peu dans la rue, on s'achète un Phad Thaï, des brochettes et des fruits, et on prend notre deuxième repas au coin d'une rue, assis sur un rebord en béton.

Il est un peu plus de dix heures, la ville grouille de vie. Les gens parlent fort, les voitures klaxonnent au milieu d'un embouteillage géant et un enchevêtrement de câbles électriques menace de nous tomber sur le coin de la figure. Je suis complètement perdu : je n'ai aucun repère dans cette énorme ville et bien que beaucoup de choses soient écrites en anglais, l'alphabet-nouille Thaï ne cesse de m’interpeller. J'ai hâte d'explorer un peu plus la ville, mais il serait raisonnable de dormir un peu avant. On rentre, F. allume la télé pour regarder les informations. L'image est floue et le son distant, depuis le creux de mon oreiller.

Give a Little Beat

London Bridge Station, avril 2009

Un soleil orange baigne Londres et réchauffe les vieux bâtiments. Les bords de la Tamise grouillent, tout le monde semble vouloir profiter de ce moment un peu magique. J'ai marché jusqu'ici depuis West Kensington, en faisant une pause par Hyde Park où j'ai failli mourir d'une overdose de pollen printanier. J'ai un peu mal aux pieds à force de piétiner mon moral, mais la soirée s’annonce bien.

L'ambre qui a recouvert la ville s'est évanoui d'un coup. Au pied de la station London Bridge, aux allures de prison avec sa pierre noire et sale soutenue de structures métalliques, la nuit vient de tomber. Un type au bar d'à côté vide sa pinte d'un trait, et j'ai une soudaine envie d'écouter un vieil album de Cure. Mon lecteur mp3 y coupe court, un peu ironiquement, en envoyant Wish d'Ellen Allien.

Et là, à deux pas du fleuve, je me trouve transporté sur une autre rive, les pieds dans l'eau ou quasiment. Au Watergate de Berlin, la berlinette est aux platines, mes amis sont au bar et je viens de changer d'avis sur la musique électronique. Je ferme les yeux un moment pour savourer l'instant. Quand je les rouvre, je souris en voyant le panneau Underground et je monte un peu le son.

PIL #64 Give a Little Beat

mercredi, octobre 6 2010

Don't Waste Time Doing Things You Hate

Bicyclette vandalisée, Belleville, Paris, juin 2010

J'ai hésité à appeler cette playlist "pot pourri", mais ça ne lui rendait pas justice. Elle aurait également pu s'appeler Guinness, mais je buvais de la Murphy's. Elle aurait pu n'être un clin d'oeil à personne, ou à nets et greg, pour changer, mais je vais en faire une espèce de révérence globale aux gens faisant la fermeture du Quigley's Point.

Et pour faire honneur au dernier titre, je vais aller me coucher de suite ; ça ne sert à rien d'être fatigué.

PIL #63 Don't Waste Time Doing Things You Hate