Promis, ça ne sortira pas d'Internet

Quai de la Loire, Paris, août 2009

Ce qui suit est extrait d’un mail que j’ai envoyé en janvier 2000.
Je pense que la personne à qui il était destiné ne l’a pas lu ; en tout cas, je n’ai jamais eu de réponse. Allez comprendre…

J’aurais pu entamer sur une envolée lyrique sur le sens de la vie, mais c’eut été pénible. Je m’en vais donc plutôt résumer mes pensées.

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Résumer… En anglais, c’est reprendre, réitérer, recommencer. Comme si un résumé pouvait n’être qu’une redite. Mais quoi, pourquoi soudain voir de l’anglais là où le français irait si bien… tout bon professeur mettra en garde ses élèves contre les déviances perverses et les risques engendrés par l’anglicisation et l’internationalisation de notre beau langage. Pourquoi alors m’évertuerais-je à défaire ce qu’ils n’ont de cesse de bâtir en suivant avec une confiance aveugle et une vénération pieuse le sacro saint programme ? Peut-être parce qu’un programme, pour l’informaticien que je suis, n’est qu’une séquence que l’on exécute. Et quelle séquence ne peut être changée ? Quelle vérité dans l’univers est immuable… et pourquoi personne ne comprend ce que je raconte ?
Et pourquoi pourquoi ?
Parce que.

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- Combien tu mesures ?
- Un mètre soixante-neuf
- Hin hin
- Ah ouais quand même…

***

Je peux, en tout bon sauvage que je suis, assurer que je suis plus noir et plus profond une fois bourré. On dit que certaines personnes sont tellement transparentes qu’on peut lire dans leurs pensées. Chez d’autres on peut lire le plat du jour dans leurs ébats éthyliques. Moi, d’après certains, on peut y lire mes histoires de cul et mes déboires amoureux. Dé-boire, tiens, quelle ironie, mes déboires ne me conduisent-ils pas justement tout droit à la bouteille ?…

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Aujourd’hui, à je ne sais plus quelle heure et des cacahuètes, A. sonne :
- T’as pas vu M. des fois ? Il parait qu’il a quitté le boulot hyper tôt…
- Non pas vu. Pas pris non plus, mais c’est normal je ne suis pas très gay ces temps-ci…
- Et sinon ça va la vie ?
- Ouais, mon ours perd ses poils mais je lui donne du trichloro-benzoate de bibendum, c’est bon pour les peluches.
- Oh le pauvre. (*smack*)
- Mais euh. Qu’est ce que tu fais avec mon ours !
- Jaloux vas.

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Quoi le sauvage, t’es triste encore ? Bah non, j’ai juste passé l’après-midi à regarder les anges passer par la fenêtre en cherchant un sens à ma présence dans cette pièce, entre ces quatre murs. J’ai cherché, pas trouvé. Je continue d’admirer les anges, en gardant comme précieux secret qu’un jour, il faudra que je m’en fasse une, d’ange, sinon je ne tiendrai jamais 20 ans de plus.

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- A-t-on déjà vu une mouche tourner autour de Z. ?
- Non !
- Pourquoi ?
- Parce qu’elles ne sont pas folles !
- Merde ! moi qui croyait qu’une mouche c’était con !
- Ben oui mais pas à ce point là quand même !
- Mais pourquoi tant de haine ?…
- PARCE QUE !

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Récapitulatif de l’épopée lyrique, ou ce qu’il fallait retenir:

Les chats à poil ras sont moins allergènes que les poissons.

Ou peut être était-ce cela plutôt:

Les oiseaux migrateurs ont un vol particulièrement long ces derniers temps puisqu’ils sont obligés de contourner le pétrole noir et glauque de l’Erika qui n’est désormais plus une princesse mais une catin incarnant la preuve de l’incompétence pestilentielle de dieu à régler les affaires des hommes… et des oiseaux marins. C’est également à cette vieille chanteuse hors mode que l’on doit ce slogan débile : total vous ne viendrez plus chez nous par hasard mais parce que chez nous même le pompiste a un sourire de pétasse et que dans nos chiottes c’est pipe à un franc et pétrole… euh, papier cul à volonté.

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- Combien tu mesures ?
- Un petit mètre soixante-dix
- Hin hin
- …

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[Fin des délires sexuels]

[Reprise, c’est ennuyeux sinon]

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La culotte de cheval est fréquente chez les femmes d’âge mur. La culotte sexy est fréquente dans les phrases du sauvage. J’ignore pourquoi, mais je pressens chez quelques-unes que la culotte sexy leur irait bien, et chez d’autre que la culotte de cheval leur va déjà mal. Mais comme il est mal et mesquin de dire du mal de son prochain, je restreindrai le mal à ceux qui m’en ont fait, et le bien à ceux qui m’en feront.

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- Regardez moi dans les yeux.
- …
- Dans les yeux bordel !
- …
- Bon ca va. vous pouvez me toucher les seins maintenant ?
- Heu…
- Les seins bon dieu !
- Ah pardon. C’est que vous avez de tellement beaux yeux…

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Au Canada on ne dit pas shopping mais magasinage. Je vois bien le bon mâle canadien en train de dire : je me suis magasiné une bonnasse ce weekend !

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Le plaisir, un mot qui m’est resté planté en travers du coeur depuis un certain soir ou je me fis détruire par deux zoulous sur un canapé, surveillés de près par une souris moqueuse à la charmante queue rose.

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Voilà, en résumé.