A Quarter-Century Old

Boutique d'antiquités, Francfort, Allemagne, juillet 2012

1987. On venait de se taper 36 semaines de Bêtises au top 50, 30 semaines de Démons de minuit, 29 d’Ouragan, et on enchainait sur Ève lève-toi, à Pile ou face et C’est la ouate. Autant dire qu’on n’était pas forcément dans une démarche qualitative.

Pendant ce temps là en Californie, les Red Hot Chili Peppers sortaient leur troisième album The Uplift Mofo Party Plan, mélangeant rock, funk, rap, punk, cocaine et héroine. Les deux derniers ingrédients tueront Hillel Slovak, leur guitariste, et plongeront leur batteur Jack Irons dans une interminable dépression.

À New York, Sonic Youth exploraient de nouveaux horizons sonores sur leur quatrième album, Sister - une référence discrète à la soeur jumelle “fantôme” de Philip K. Dick, morte à six semaines et ayant lourdement influencé son écriture. Sur ce disque sorti chez un petit label indé (SST), le son de Sonic Youth est déjà bien en place, jouant à fond sur la saturation et les ambiances sonores un peu “sales”.

Un peu plus au nord à Boston, les Pixies sortaient Come On Pilgrim, leur premier EP, sur le label indé anglais 4AD. En 1999, six ans après leur séparation, la bande son de Fight Club fera connaitre le groupe à tout le monde. Et c’est amusant au fond, tellement la relation malsaine entre Tyler Durden et Marla Singer dans le film pourrait faire figure de métaphore pour décrire les interactions entre le chanteur Franck Black et la bassiste Kim Deal. En attendant, en 1987 les Pixies galéraient chez eux, aux États-Unis, mais l’album cartonnait en Grande Bretagne (29 semaines au classement).

En Grande Bretagne justement, New Order, le groupe formé par les membres de Joy Division après le suicide de Ian Curtis, venaient de compiler et remixer leurs singles - dont Ceremony, sorti en 1981. Un an plus tard, en 1988, ils remixeront Blue Monday. Plus de vingt ans plus tard, j’irai demander au DJ d’une soirée le nom de cette chanson de guedin, ni Shazam ni Soundhound n’étant disponibles sur mon Nokia 3220.

Franchement plus loin, en Australie, INXS en était à son sixième album, Kick, blindé de titres qui occuperont nos oreilles pendant un moment. Je l’entendrai pour la première fois un peu plus tard, par l’intermédiaire de mes correspondantes anglaises qui étaient toutes ouvertement amoureuses du chanteur Michael Hutchence. Et fans de Take That, ce que je ne leur ai jamais pardonné.

À Athènes maintenant, en Georgie (aux États-Unis donc. Ttt, je vous ai vu tiquer :) ), R.E.M. tient son premier vrai single avec The One I Love, sur le cinquième album Document. Le texte est ambigü à souhait, mais le sarcasme semble passer inappercu auprès des nombreux couples qui en feront leur chanson d’amour préférée.

Retour à Manchester, pas très loin des quartiers de New Order, où les Smiths viennent de se séparer. Juste avant la sortie de leur quatrième et dernier album, ironiquement nommé Strangeways, Here We Come. Des années plus tard on s’ennuiera en écoutant Morrissey parce que c’est tellement hip. Mais à l’époque, le style musical du groupe provoque une petite révolution dans le rock alternatif.

On finit là où on a commencé, avec un triptyque californien. À Los Angeles avec les Guns n’ Roses d’abord, avant leur grande période Hard Rock FM. Ils sortent en 87 leur tout premier album, et ils galèrent franchement. Après une intervention de David Geffen (le monsieur derrière le label du même nom), ils seront programmés à 4 heures du matin sur MTV et contre toute attente, ca va cartonner.

Avec Faith No More ensuite, débarqué de San Francisco avec leur deuxième album Introduce Yourself. On est encore dans l’ère pré Mike Patton, certains diront que ca manque un peu de génie. Il n’empêche l’énergie est déjà là et la basse est déjà obsédante. Chuck Mosley partira juste après, et les francais qui critiquent encore la justesse de son chant devraient ré-écouter Sabine Paturel. En boucle.

Et avec Jane’s Addiction, enfin - et Los Angeles, une fois de plus. Le groupe enchaine les concerts avant même d’avoir enregistré un album, et a déjà une grosse base de fans au moment de signer avec un label. Leur premier disque sera enregistré en live, histoire de bien mettre en avant leur énergie.

1987 donc. On était en pleine crise musicale en France et nos radios balancaient de la soupe en continu. Il nous manquait quoi au fond, pour pouvoir soulager nos oreilles ? Une alternative. Une bande FM couillue. Des animateurs volontaires. Des imports. Et Internet à la fin, pour nous sauver, faire grossir la production indépendante et qui sait, secouer les gros labels pour qu’ils arrêtent de nous gaver de merde.

À en juger par ce qui passe encore sur nos ondes, 25 ans plus tard c’est quand même pas gagné.

PIL#143 A Quarter-Century Old

Commentaires

1. Le mercredi, juillet 4 2012, 09:05 par DaBourz

Mettre Guns 'n' Roses dans Hard FMfaut oser quand meme ...

2. Le mercredi, juillet 4 2012, 10:03 par Christophe

J'aimerais bien une/des playlists dispo sur Grooveshark par exemple, pour chaque PIL ou au global… :-)

3. Le mercredi, juillet 4 2012, 14:04 par manu

Dabourz: et encore je ne vous ai pas parlé de chinese democracy

Christophe: la dernière fois que j'y ai jeté un oeil, c'était tout en flash. À ce jour, c'est inaccessible en Allemagne. Deux excellentes raisons pour moi de m'en tenir éloigné :-) ceci dit, si vous les créez pour moi je veux bien les linker.