Diagonales perdues

Pensées éthérées, réalité déformée et petits instants de gaîté

mardi, novembre 21 2017

Astre mort

L’Académie est un astre mort, elle n’a heureusement plus de pouvoir de nuisance. Rappelons que la Révolution l’avait dissoute à juste titre, et que Napoléon l’a ressuscitée, comme beaucoup d’oripeaux de l’Ancien Régime. Rappelons aussi que son rôle prescrit par la monarchie était de publier une grammaire, ce qu’elle n’a jamais été capable de faire, et de renouveler son dictionnaire périodiquement, ce dont elle se montre incapable. La « Compagnie », c’est surtout celle des bras cassés.

Extrait de l’article “de l’écriture inclusive et Compagnie”, par les correcteurs du Monde

mercredi, octobre 11 2017

Tout le monde savait

Le fait même de dire aujourd’hui « tout le monde savait », ça renforce les mécanismes de silence finalement.
Pourquoi est-ce aux victimes, aux personnes qui ont été les plus touchées, qui sont traumatisées, de parler ?
Si tout le monde savait, il y aurait dû y avoir des personnes assez courageuses pour réaliser, des personnes qui auraient dû se détacher aussi de leur intérêt financier, de leur intérêt professionnel.
« Tout le monde savait », finalement c’est une violence supplémentaire pour toutes les victimes et les potentielles victimes. Parce que si tout le monde sait, ça veut dire que tout le monde fait le choix de vous murer dans le silence et dans la violence.

Raphaëlle Rémy-Leleu, interrogée par Hélène Roussel dans le 5/7 de France Inter au sujet de l’affaire Weinstein

jeudi, avril 27 2017

Voter

Je sais que je vais voter parce que le choix est restreint. Il n’est plus question de vote stratégique ou de vote de confiance. Il n’est pas question de faire une sélection. Il s’agit juste de savoir lequel des deux je préfère.

Leurs choix sont si différents qu’il me parait inimaginable de dire que « ça reviendra au même ». Et si ça ne revient pas au même, alors je veux choisir.

(…)

Je sais pour qui voter parce que l’un des deux agit contre les minorités tandis que l’autre se contente de négliger ceux qui ne sont pas de sa caste préférée. Je sais pour qui voter parce que l’un des deux cherche à ouvrir le pays et l’autre à le fermer. Je sais pour qui voter parce que la gradation des dommages n’a rien à voir.

Je sais pour qui voter parce que, même si je pense qu’il est dans l’erreur, l’un croit que son programme apportera un mieux à tout le monde tandis que l’autre cherche d’abord à exclure et à segmenter.

Tout ça ne fait aucun doute pour moi. Je préfère celui qui ignore la souffrance des autres à celle qui distillera la haine.

Éric / survol.fr - Je sais pour qui voter (seconde édition)

Un tag, un mur, un message

jeudi, décembre 22 2016

The Last Unknown Man

Certains d’entre-vous ont peut-être déjà entendu parler de Benjaman Kyle, trouvé inconscient près d’un Burger King et n’ayant absolument aucune idée de ce qu’il avait bien pu faire les 30 dernières années. N’ayant pas non plus le moindre souvenir de son vrai nom ou de sa famille. The New Republic a publié en novembre un long reportage retraçant toute l’histoire, et c’est passionnant.

We live in an age of extraordinary surveillance and documentation. The government’s capacity to keep tabs on us—and our capacity to keep tabs on each other—is unmatched in human history. Big Data, NSA wiretapping, social media, camera phones, credit scores, criminal records, drones—we watch and watch, and record our every move. And yet here was a man who appeared to exist outside all that, someone who had escaped the modern age’s matrix of observation. His condition—blind, nameless, amnesiac—seemed fictitious, the kind of allegorical affliction that might befall a character in Saramago or Borges. Even if he was lying about his memory loss, there was no official record of his existence. He lived on the margins, beyond the boundaries mapped by the surveillance state. And because we choose not to look at individuals on the margins, it is still possible for them to disappear.

Extrait de l’article “The Last Unknown Man” sur New Republic

mercredi, août 24 2016

Big Glass Cases

C’est un texte un peu vieux au sens communément admis sur Internet : il date d’avril. C’est un texte long aussi, très long même, un photo-reportage. Et c’est un texte étranger, qui ne parle pas nécessairement immédiatement à tout le monde. Ça se passe à Napoléon, un village du Dakota du Nord.

Et pourtant c’est un joli texte, qui avec un tout petit effort se transpose facilement. Un texte qui part d’une question simple : comment est-ce que l’apparition d’Internet a changé notre façon d’appréhender le monde ? On y parle pas trop d’Internet pourtant, plutôt de Napoleon et de ses habitants, de ses écolier·es surtout. Au cours de ma lecture, j’ai une fois ou deux remplacé Napoleon par le nom de villages français (Le Breuil, La Chapelle Gaudin…), et si on fait abstraction du climat, ça fonctionne assez bien.

Arrivé au terme du voyage, j’ai eu, brièvement, envie de rentrer chez moi. Ce chez moi qui n’existe pas, sur lequel je ne peux pas mettre de nom. Un chez moi tout petit, perdu, calme, ennuyeux souvent. J’ai pensé à mes vieilles amitiés, dispersées dans le monde. J’ai trouvé ça beau, et j’ai eu envie de partager.

We may have occupied the same exact classrooms, memorizing the elements from the same periodic table, but their world is composed of different compounds. Like Holden’s kid sis, Phoebe, they are free radicals, unburdened by the angst of seeing a world outside the glass case they cannot know. When asked about their destiny, both Jaden and Katelyn see the future as the past, bundled up on the prairie, nurturing children who will farm the land of their parents’ parents’ parents.

Unlike me at that age, they have seen outside the glass. They know what’s what. They know who made who. They even have a nice word for their environment — community.

Extrait de l’article “Netflix and Ch-Ch-Chilly” sur Backchannel

mardi, novembre 25 2014

Liberté d'expression

Bordel de câbles

si la liberté d’expression garantit le droit de s’exprimer, elle ne garantit pas que toute parole soit intelligente, argumentée, véridique, respectueuse… Non, toutes les idées ne se valent pas. Personnellement, je ne crois pas que toute idée qui sous-entende une hiérarchisation des êtres humains ait la moindre valeur. Racisme, sexisme, homophobie ; autant de façons de dire que l’autre est inférieur ; autant d’idées qui ne méritent pas d’être exprimées sans conséquence, qui exigent d’être au minimum contredites lorsqu’elles sont exprimées.

Extrait de l’article “Choix Éditoriaux” sur le blog de Virgile

vendredi, juin 6 2014

The Internet with a Human Face

If at first you don't succeed, call an airstrike

Imagine if there was only one bar in Düsseldorf, or all of Germany, and if you wanted to hang out with your friends, you had to go there. And when you did, there were cameras everywhere, and microphones, and you were constantly being interrupted by people selling you stuff. That’s the situation that obtains with Facebook today.

Surveillance as a business model is the only thing that makes a site like Facebook possible.

Extrait de la présentation de Maciej Ceglowski, The Internet with a Human Face

jeudi, juin 5 2014

Où l'on reparle d'Europe

Aigle perché, Khao Sok

l’Europe n’a pas vocation à se substituer aux Nations. L’Europe est faite par les Nations. L’Europe respecte et défend les traditions locales, la diversité culturelle ; l’Europe, c’est le fait même de pouvoir librement être différent de l’autre. Comment pourrait-elle, avec un tel ADN idéologique, représenter une menace hégémonique signifiant la disparition des identités nationales, dont la protection est inscrite même dans les Traités, protection maintes fois affirmée par la Cour de Justice Européenne ?

Extrait de l’article Réalité françaises, sur l’excellent blog du frangin.

samedi, mai 24 2014

Petit manuel européen à l’attention de mes proches

europe.jpg

A la veille des élections européennes, tout le monde devrait savoir pourquoi on va aller mettre un bulletin dans l’urne. Mais vu le peu de cas qu’a fait la presse française de cette élection, et vue la façon dont la plupart de nos politiques traitent le sujet, ça ne me semble pas gagné.

Je laisse donc la parole à mon frangin, pas tant pour redonner vie à cet espace que parce que j’ai trouvé son texte pédagogique, personnel et un brin cash. C’est long, mais c’est bon. Vous voilà prévenu·es.

J’ai écrit ce petit texte afin de rappeler quelques éléments importants concernant le fonctionnement l’Union Européenne. Vous connaissez certainement déjà beaucoup, mais je vous propose de partir de ce texte pour engager la discussion. Je voulais faire bref mais j’ai fini à 6 pages [A4, ndmanu]; j’espère ne pas avoir été trop rébarbatif.

Les sujets ne manquent pas. N’hésitez pas à m’écrire, je suis ouvert à toute discussion.

Plan :

Lire la suite...

mercredi, janvier 29 2014

Dies Irae

crocodile façon sous-marin, allégorie du danger qui nous guette

Nous pouvons continuer à nous dire que ces manifestations répétées des extrêmes-droites ne sont le fait que de quelques agités, nous pouvons continuer à nous dire qu’il n’y a aucun risque […] et on peut continuer à le dire jusqu’à ce qu’on soit les derniers. Là il sera un peu trop tard.

Extrait de l’article Et puis il ne resta que moi par Valérie Rey-Robert

vendredi, novembre 8 2013

Féminisme

histoire.jpg

C’est au nom du féminisme qu’ont été menées les grandes luttes pour les droits des femmes; c’est sous cette étiquette que s’est élaborée toute une pensée et une littérature, extrêmement diversifiées, qui irriguent le militantisme féministe actuel. Ce terme a donc une histoire, il faudrait s’en rappeler avant de le balayer d’un revers de main en disant “moi de toute façon, je suis humaniste”.

Extrait de l’article Arguments anti-féministes (4) - “On devrait se débarrasser du terme ‘féminisme’” par Anne-Charlotte Husson

mercredi, juillet 24 2013

Burger parisien

Ceci n'est pas un burger

Rappel pour nos lecteurs, un «hamburger parisien» est un hamburger normal servi dans un endroit où l’on doit faire la queue (food truck ou restaurant à 5 couverts), et où l’assiette est remplacée par du papier de boucherie ou une planche en bois, afin de vous faire sentir l’espace d’un instant pour un trucker du Kentucky venant casser sa croûte pour 3 dollars. Sauf que le burger seul vous coûtera 12 euros et six instagrams. Et que vous êtes graphiste.

slate.fr : La vraie recette du bon clash sur Marmiton

jeudi, mai 16 2013

Déformation professionelle

Un certain type de prison

« Si j’étais entré dans cette société à 22 ans, comme Hannelore Font, si j’avais été formé ou plutôt déformé au sein de la maison PIP, de quoi aurais-été capable? De démissionner? De dénoncer mon employeur? Si je vous pose cette question, vous répondez quoi? - ‘Bien sûr?’ Moi, je réponds seulement: - ‘J’espère’. »

(…)

« C’est tellement facile de ne pas respecter la règle quand on le fait tous ensemble. Et c’est si difficile d’être seul à la respecter. »

Extrait de l’article Procès PIP: Le beau métier de défendre

lundi, mai 6 2013

Tout et son contraire

Tout et son contraire

(…) Autrement dit, mesdames, vous ne devez pas avoir de poils, mais vous ne devez pas non plus vous épiler. Vous ne devez pas avoir de graisse ou de cellulite, mais vous ne devez pas non plus nous gonfler avec vos régimes et vos salades vertes. Vous ne devez pas avoir de rides, mais vous ne devez pas non plus gaspiller de l’argent avec des crèmes cosmétiques à la con. Vous devez avoir une garde-robe variée et vous mettant en valeur mais vous ne devez pas passer des heures et dépenser plein d’argent à faire du shopping. Vous devez avoir un corps mince et sportif, mais vous ne devez pas souffler, transpirer et être toute rouges. Vous devez être soigneusement maquillées, mais surtout que ça ne se voit pas trop sinon c’est vulgaire, et ne pas passer des heures dans la salle de bain pour ça. Vous devez être sexy, mais pas trop sinon c’est un appel au viol, et si vous faites agresser on vous demandera ce que vous cherchiez en étant sexy. Bref: vous devez être jolies, féminines et bien conformes de partout, mais ça ne doit vous demander aucun effort, sinon vous êtes des pétasses superficielles.

Extrait du billet Mépris et misogynie ordinaires, que je vous invite bien entendu à lire.

lundi, janvier 25 2010

La vie rêvée

Silhouette, Roussillon, juillet 2008

J’ai rêvé de toi cette nuit, on était sur Pandore. Pas l’imposture de planète fluorescente non, l’autre, la crasseuse, la poussiéreuse, remplie de chiens enragés, de mercenaires et de bandits hargneux. T’étais belle les cheveux au vent dans le buggy, la main droite sur la mitraillette. Tu gloussais gentiment quand je sursautais, au moindre signe de danger.

On était en sueur sous les soleils, et tu sentais bon. Dans les instants de calme, je fourrais ma tête dans ton cou pour m’étourdir, pour oublier. Le sel sur ta peau dessinait des motifs improbables en se mêlant au sang des skags. À chaque station de ravitaillement, tu changeais quelque chose ; le style de ton pantalon, la couleur de tes cheveux, l’éclat dans tes yeux. Moi je repeignais le buggy, en vert, en bleu, assorti à ton regard pour ne jamais le perdre.

Ils nous sont tombé dessus dans le vieux havre, trop nombreux. Ton rire ponctuait les tirs, une détonation de joie au milieu du vacarme, et les soldats s’affaissaient en silence dans ma lunette pendant que tu soufflais les barricades au lance-roquettes. Un clin d’œil, un sourire, ton débardeur déchiré à l’omoplate, même à genoux dans la boue tu étais sublime. Le son de la tourelle est arrivé bien trop tard ; je t’ai regardée tomber à plat ventre, viser, j’ai senti l’air vibrer quand la fusée est partie, et tout s’est assombri.

Quand j’ai rouvert les yeux il faisait nuit et j’avais quitté Pandore. J’ai posé la main à l’endroit de l’impact. Le vent soufflait toujours et je pensais à toi.

samedi, janvier 23 2010

Protohistoire

Quai de la Loire, Paris, août 2009

Ce qui suit est extrait d’un mail que j’ai envoyé en janvier 2000.
Je pense que la personne à qui il était destiné ne l’a pas lu ; en tout cas, je n’ai jamais eu de réponse. Allez comprendre…

J’aurais pu entamer sur une envolée lyrique sur le sens de la vie, mais c’eut été pénible. Je m’en vais donc plutôt résumer mes pensées.

***

Résumer… En anglais, c’est reprendre, réitérer, recommencer. Comme si un résumé pouvait n’être qu’une redite. Mais quoi, pourquoi soudain voir de l’anglais là où le français irait si bien… tout bon professeur mettra en garde ses élèves contre les déviances perverses et les risques engendrés par l’anglicisation et l’internationalisation de notre beau langage. Pourquoi alors m’évertuerais-je à défaire ce qu’ils n’ont de cesse de bâtir en suivant avec une confiance aveugle et une vénération pieuse le sacro saint programme ? Peut-être parce qu’un programme, pour l’informaticien que je suis, n’est qu’une séquence que l’on exécute. Et quelle séquence ne peut être changée ? Quelle vérité dans l’univers est immuable… et pourquoi personne ne comprend ce que je raconte ?
Et pourquoi pourquoi ?
Parce que.

***

- Combien tu mesures ?
- Un mètre soixante-neuf
- Hin hin
- Ah ouais quand même…

***

Je peux, en tout bon sauvage que je suis, assurer que je suis plus noir et plus profond une fois bourré. On dit que certaines personnes sont tellement transparentes qu’on peut lire dans leurs pensées. Chez d’autres on peut lire le plat du jour dans leurs ébats éthyliques. Moi, d’après certains, on peut y lire mes histoires de cul et mes déboires amoureux. Dé-boire, tiens, quelle ironie, mes déboires ne me conduisent-ils pas justement tout droit à la bouteille ?…

***

Aujourd’hui, à je ne sais plus quelle heure et des cacahuètes, A. sonne :
- T’as pas vu M. des fois ? Il parait qu’il a quitté le boulot hyper tôt…
- Non pas vu. Pas pris non plus, mais c’est normal je ne suis pas très gay ces temps-ci…
- Et sinon ça va la vie ?
- Ouais, mon ours perd ses poils mais je lui donne du trichloro-benzoate de bibendum, c’est bon pour les peluches.
- Oh le pauvre. (*smack*)
- Mais euh. Qu’est ce que tu fais avec mon ours !
- Jaloux vas.

***

Quoi le sauvage, t’es triste encore ? Bah non, j’ai juste passé l’après-midi à regarder les anges passer par la fenêtre en cherchant un sens à ma présence dans cette pièce, entre ces quatre murs. J’ai cherché, pas trouvé. Je continue d’admirer les anges, en gardant comme précieux secret qu’un jour, il faudra que je m’en fasse une, d’ange, sinon je ne tiendrai jamais 20 ans de plus.

***

- A-t-on déjà vu une mouche tourner autour de Z. ?
- Non !
- Pourquoi ?
- Parce qu’elles ne sont pas folles !
- Merde ! moi qui croyait qu’une mouche c’était con !
- Ben oui mais pas à ce point là quand même !
- Mais pourquoi tant de haine ?…
- PARCE QUE !

***

Récapitulatif de l’épopée lyrique, ou ce qu’il fallait retenir:

Les chats à poil ras sont moins allergènes que les poissons.

Ou peut être était-ce cela plutôt:

Les oiseaux migrateurs ont un vol particulièrement long ces derniers temps puisqu’ils sont obligés de contourner le pétrole noir et glauque de l’Erika qui n’est désormais plus une princesse mais une catin incarnant la preuve de l’incompétence pestilentielle de dieu à régler les affaires des hommes… et des oiseaux marins. C’est également à cette vieille chanteuse hors mode que l’on doit ce slogan débile : total vous ne viendrez plus chez nous par hasard mais parce que chez nous même le pompiste a un sourire de pétasse et que dans nos chiottes c’est pipe à un franc et pétrole… euh, papier cul à volonté.

***

- Combien tu mesures ?
- Un petit mètre soixante-dix
- Hin hin
- …

***

[Fin des délires sexuels]

[Reprise, c’est ennuyeux sinon]

***

La culotte de cheval est fréquente chez les femmes d’âge mur. La culotte sexy est fréquente dans les phrases du sauvage. J’ignore pourquoi, mais je pressens chez quelques-unes que la culotte sexy leur irait bien, et chez d’autre que la culotte de cheval leur va déjà mal. Mais comme il est mal et mesquin de dire du mal de son prochain, je restreindrai le mal à ceux qui m’en ont fait, et le bien à ceux qui m’en feront.

***

- Regardez moi dans les yeux.
- …
- Dans les yeux bordel !
- …
- Bon ca va. vous pouvez me toucher les seins maintenant ?
- Heu…
- Les seins bon dieu !
- Ah pardon. C’est que vous avez de tellement beaux yeux…

***

Au Canada on ne dit pas shopping mais magasinage. Je vois bien le bon mâle canadien en train de dire : je me suis magasiné une bonnasse ce weekend !

***

Le plaisir, un mot qui m’est resté planté en travers du coeur depuis un certain soir ou je me fis détruire par deux zoulous sur un canapé, surveillés de près par une souris moqueuse à la charmante queue rose.

***

Voilà, en résumé.

vendredi, janvier 22 2010

Sobrement

River Elbow, Calgary, Canada, janvier 2007

Au fond, moi je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise résolution.

Moi, si je devais résumer mes vœux avec vous aujourd’hui, je dirais que c’est d’abord de l’espoir. Des intentions plein la tête, peut-être à un moment où on ne l’a pas tout à fait à ça, où on est un peu seul avec soi-même.

Et c’est assez curieux de se dire qu’au hasard de ses pérégrinations mentales, on peut finir par se forger une ligne de conduite… Parce que quand on a le goût de la parole respectée, de l’honnêteté, de l’intégrité je dirais même, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face, je dirais, le miroir qui vous aide à avancer.

Alors bon, ce n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, je le peux ; et je dis merci à la nouvelle année, je lui dis merci, je chante la nouvelle année, je danse la nouvelle année… Je ne suis qu’euphorie !

Et finalement, quand beaucoup de gens me disent “mais comment fais-tu pour avoir cet optimisme ?”, je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût du renouveau qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre ce raisonnement intellectuel, mais demain qui sait ? Peut-être seulement à me mettre au service d’idées nouvelles, à faire le don, le don de sa propre volonté…

jeudi, janvier 21 2010

Périssologie

Haut-Parleur, Berlin-Müggelsee, août 2009

C’est la cinquantième fois que je cherche ce mot dans le dictionnaire. Verhältnismäßigkeit, Putain de principe de relativité. Le pire, c’est que j’en ai une pleine liste, une grosse centaine de termes récurrents qui refusent de s’intégrer à mon vocabulaire. J’ai digéré dix-huit pages, il m’en reste donc deux cent trente-deux. Au rythme où je vais, j’aurai terminé pour les prochaines élections présidentielles.

Gegebenfalls. Le cas échéant, ca peut servir effectivement. Surtout quand il commence une phrase sur dix. Un peu comme Ausschlaggebend, qui malgré son inquiétante succession de consonnes s’avère être prépondérant. Überdurchschnittlichen, supérieur à la moyenne, ca colle la migraine, längerfristig, sur le long terme.

L’idée de ne jamais y arriver me terrifie. Être incapable d’assimiler la nouveauté, d’apprendre, de remodeler mon cerveau petit à petit. Si je suis infoutu aujourd’hui de m’adapter, à quoi vais-je ressembler dans dix ans ? Vais-je finir par rejoindre à la horde d’aigris libidineux et hors d’âge pour qui tout était mieux avant ? Brrr. Je persévère, je me heurte au mur, encore une fois, et je replonge dans mon dictionnaire.

Verpflichtend, contraignant, obligatoire, imposé, Voraussetzung, condition préalable. Leistungsbeurteilung, appréciation, jugement de ta prestation, de ta performance.

Davon ausgehen, partir du principe que.
T’y arriveras jamais.

mardi, janvier 12 2010

Rétrolecture

Armoire électrique, A13, France, août 2009

Réussites:

  • Photographier chaque détail qui m’entoure et réussir à le rendre beau.
    Mention honorable, peut mieux faire
  • Avoir 14 heures de décalage horaire.
    Allez, presque. Mais c’était tout comme.
  • Arrêter de boire.
    Ok mais alors pas plus de trois semaines.
  • Rentrer complètement saoûl bien après le lever du soleil.
    Check.
  • Faire du crowd surfing.
    La foule a surfé sur moi, surtout.
  • Ecouter de la musique trop fort.
    Plus souvent que de raison.
  • Ne pas me lever le matin.
    C’était pas très difficile.
  • Travailler comme un forcené jusqu’à épuisement total.
    J’essaie d’arrêter.
  • Oublier mon ordinateur.
    Trois semaines en Thailande dont 5 jours dans la jungle.
  • Dévaliser un fromager.
    Dévalisé peut-être pas, mais j’ai bien entamé son stock.
  • Lézarder sur une plage les pieds dans une eau à plus de trente degrés.
    Grave.
  • Recommencer à enseigner.
    Allez, j’ai fait un peu de formation. Check.
  • Mépriser ostensiblement les cons.
    Ah ça oui.
  • Changer ma garde-robe.
    Camden, Paris, Berlin, Varsovie, Bâle. Check.
  • Refaire le monde à deux toute la nuit.
    Je ne compte plus les nuits blanches, mais je remets ça quand vous voulez.
  • Passer toute la journée au lit.
    Le même jour où je ne me suis pas levé.
  • Jouer au chat et à la souris.
    Oh là. Oui. Un peu trop même.
  • Manger bio.
    Trop facile.
  • Arriver à me souvenir du nom du film que je viens de voir.
    Parfois ça m’arrive.
  • Crier à pleins poumons.
    Ne serait-ce que le jour où je me suis pris l’orteil dans mon bois de lit.
  • Courir.
    Check.
  • Fuir.
    Evidemment.
  • Aimer.
    Beaucoup, mais très platoniquement.
  • Fantasmer.
    Voir : aimer.
  • M’embraser.
    Voir : fantasmer.

Echecs ou demi-échecs:

  • Boire une bière dans un club de Jazz à New-York.
    Raté.
  • Parler couramment cinq langues.
    Même pas en rêve.
  • Apprendre le russe.
    Voir point précédent.
  • Rouler des heures sans destination précise.
    Je n’ai toujours pas de voiture.
  • Me replonger dans le web.
    Nope.
  • Apprendre à jouer d’un instrument.
    Même pas du pipo.
  • Slalomer en rollers entre les voitures.
    Je ne suis toujours pas réparé.
  • Lire tous mes livres.
    Demain on rase gratis. (ça serait plus facile si j’arrêtais d’en acheter)
  • Acheter tous ceux que je n’ai pas encore.
    Quand j’aurai lu tous les autres.
  • Visiter le Louvre.
    Raté, malgré le temps passé à Paris.
  • Cuisiner toute la journée.
    Peut-être cette année.
  • Aller ramasser des champignons sous la pluie d’automne.
    Y’a eu un automne cette année ?
  • Réciter un poème.
    J’ai toujours une mémoire de loutre neurasthénique.
  • Retourner à l’école.
    Je suis trop vieux pour ces conneries.
  • Ne jamais être méprisant.
    C’est difficile, quand on méprise les cons.
  • Programmer quelque chose d’utile.
    Neurasthénique je vous dit.
  • Faire tomber tous les masques.
    Oui bien sûr. J’assassine mon surmoi et on en reparle.
  • Lire Goethe dans le texte.
    No way.
  • M’expatrier en Amérique du nord et porter fièrement les couleurs de la France.
    Je ne suis plus très sûr d’en avoir envie.
  • Vivre dans un pays chaud.
    Un jour peut-être.
  • Acheter un loft à Paris.
    Quelqu’un aurait un million d’euros à me donner ?
  • M’engager en politique.
    En poli-quoi ?
  • Comprendre le monde qui m’entoure.
    Lire des que sais-je ça compte ?
  • Ne jamais laisser tomber personne.
    Dur dur. Et gros FAIL sur le réveillon.
  • Changer de parfum tous les jours.
    Consolation : j’ai vidé plusieurs flacons.
  • Fermer les yeux et dormir.
    Un jour peut-être. Idéalement une nuit.
  • Oser.
    Non ça vraiment pas.

dimanche, décembre 27 2009

Fantômnal

Lever de soleil, Surat Thani, Thailande, Octobre 2009

J’ai failli vous parler d’insomnies et de brouillard
De nuits à découper ma vie en toutes petites parts
Vous raconter mes rêves, désosser les cauchemards
Évoquer le vacarme incessant, les échos dans le noir
Les futurs improbables, les présents incertains
Les questions sans réponse au petit matin
Sorties de nulle part pour aller je ne sais où

Confusion complète
Chamade incontrollée
Ne restent que des miettes
Cerveau en purée

Des visages, des figures
Et ces voix qui murmurent
J’ai failli vous dire…
Mais je préfère en rire.