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« C'est quand même pas de ma faute si vous êtes nuls à Tetris... »

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La domination masculine

Gravures sur un mur de l'Alhambra, Grenade, juillet 2008

Un samedi, en attendant que Paris s’éveille (vers midi généralement), je suis allé voir La domination masculine. Je n’avais aucune idée du thème et vu l’affiche, je m’attendais à un film français un poil potache. En fait, c’est un documentaire féministe : première excellente surprise.

Le féminisme est très difficile à aborder, quelle que soit la forme, tellement il génère des réactions épidermiques. La seconde surprise donc, c’est que, contrairement à pas mal de gens dont j’ai pu lire les réactions depuis, je trouve que le documentaire s’en sort très bien et aborde les choses assez intelligemment.

Tout commence dans une clinique où l’on pratique des opérations d’élargissement du pénis. D’entrée, pas question d’oppression des femmes ou d’inégalité, on montre les ravages psychologiques qu’entraine le culte de la masculinité, par la présupposée domination induite par le fait d’avoir un appendice externe. On montre des hommes qui sont soumis à la domination masculine, et ça me semble très intéressant d’inclure ça dans la thématique féministe. Histoire de bien montrer que le féminisme, ce n’est pas donner un pénis aux femmes ou les transformer en hommes, mais apaiser les relations homme/femme en démontant un à un les mécanismes qui conduisent aux comportements sexistes.

Ainsi accroché, j’ai vraiment apprécié que le documentaire se penche ensuite sur la réflexion féministe au Québec. On nous montre un groupe relativement hétérogène, sans pour autant tomber dans le cliché. Tous les âges sont là et un homme participe à la réflexion ; c’est probablement naïf de ma part, mais je trouve ça encourageant. Les anecdotes sont touchantes et loin de tout pathos. “- Pourquoi vous êtes devenue féministe ? - Parce que je voulais jouer au Hockey et qu’on me l’interdisait”. On met le doigt sur des problèmes quotidiens, on n’est pas sur des grandes causes mais sur un truc palpable. Je n’ai rien contre les grandes causes, ne me comprenez pas de travers, mais les petits combats me semblent au moins aussi importants pour faire bouger les mentalités, surtout aujourd’hui.

De manière générale, le discours général est frais. Pas de longue diatribe, mais une multitude de questions et de pistes de réponse et de réflexion. Comment la société, l’éducation, l’inconscient collectif minent-ils la situation. Le féminisme actuel est-il excessif, extrême, contre-productif ? (en un mot comme en cent : non). Pourquoi le terme féminisme est-il considéré comme un gros mot ?

Evidemment, on n’échappe pas à deux trois thématiques éculées ; en particulier les jouets de noël. Mais pour qui sont-elles éculées au juste ? Pour moi c’est une étape dans la réflexion féministe, une espèce de déclencheur. C’est donc assez logique que ça soit abordé dans un docu comme celui-là. Là ou en plus c’est finement fait, c’est que tout est montré à travers le discours d’un vendeur. Il n’est pas moqué un instant et il est plutôt sympatique, mais ses explications illustrent à merveille à quel point les archétypes ont la vie dure, même après des années de féminisme.

Ensuite, certes, la thématique de la violence conjugale prend beaucoup de place. Un peu trop à mon goût, mais je comprends le choix qui a été fait et l’impact que cela peu avoir sur une partie du public. Sensationalisme des images mis à part (je me serais vraiment passé des gros plans sur les blessures), une bonne partie du discours permet d’aborder bien plus que la simple violence. Et encore une fois, on fait parler un homme et on illustre une fois de plus comment le féminisme permet de faire avancer tout le monde sans distinction.

Enfin, certains pensent qu’il est ridicule d’aborder le masculinisme au Québec : c’est un mouvement négligeable, on s’étend sur un fait divers, ça n’a aucun sens. Et cette réaction me gonfle profondément ; si un nombre de personnes, aussi restreint soit-il, exprime ouvertement des idées nauséabondes, un nombre bien moins négligeable de personnes assimile et accepte tout ou partie de ce discours sans nécessairement le clamer sur les toits. C’est également très bien illustré dans le documentaire, et de façon relativement habile.

Alors bien sûr, on est en face d’un documentaire engagé. Et tant mieux ! On en est à un point où il faut faire renaitre le débat, et un débat où tout le monde est modéré et plutôt d’accord avec l’autre ne fait avancer personne. Mais sincèrement, c’est pas du Michael Moore. Pendant une grosse heure et demie, j’ai été confronté à des questions et réflexions que j’entends tous les jours, y compris dans ma propre famille, et auxquelles j’essaie de répondre systématiquement (et ça n’est pas simple). Et pendant une grosse heure et demie, on m’a donné des éléments de réponse et d’argumentation intelligents. Pas du tout cuit, pas du pré-digéré, mais des pistes structurées. De quoi vous équiper pour casser la lame de fond, tenter d’empêcher tout le monde de rétrograder sous prétexte qu’on serait allé trop loin.

Inutile de préciser que je recommande à tout le monde de foncer aller le voir avant qu’il ne disparaisse de l’affiche. Tout n’est pas parfait bien entendu, mais ça me semble malgré tout une excellente entrée en matière pour tous les gens qui se demandent quel peut encore être l’intérêt du féminisme aujourd’hui.

Post

Pad dessiné à la craie sur un caillou, Møns Klint, Danemark, mai 2008

Post-romantique post-coït
post-opératoire
Postulant, poste à pourvoir

Power On Self-Test.

Nous n'avons fait que fuir

Il faudra qu’on t’enseigne l’esquive frontale,
Une muleta blême,
Qui se rêve immobile.
Qu’est-ce qu’y a, tu dis rien ? Tu as perdu ta langue ? Bah ouais…

T’es figé, les yeux dans le vague, l’air sérieux,
Et la mine lasse de tracer son chemin casse sur les carreaux de ta feuille.
T’es plongé sous des hectolitres d’eau glacée,
Ton coeur ne bat plus vraiment, il palpite et s’emballe et s’arrête et reprend.
T’es terrorisé par les silences, et tu attends que ta vie commence,
Et reprenne sa courbe d’antan

Et c’est au ralenti,
Que le défilé coule,
Et se répand aux quatre coins de l’écran,
C’est entre parenthèse, dans un temps qui n’existe pas

Tu brûles les étapes, pris d’une fiévreuse euphorie.
Ton sang s’arrête au pied des murs infranchissables de ta raison.
Tu décolles et retombe et le vent te porte à croire que ces fissures,
Fêlures, félonnes ne laissent passer aucune lumière.
Tu ravales ta fierté, elle a du mal à passer, dégager,
Elle te marque de sa main de maître et t’enchaîne à ton piquet.

On le sait , on le sait,
On le sait qu’il suffit d’un rayon de soleil,
On le sait qu’il suffit qu’un rien de soleil se pose au bon endroit,
Sur ce balcon foutoir

Mettre en musique toutes ces idées colorées,
Enrayer rageusement la machine à pensées,
Gratter, gratter, tenter sa chance que diable!
Avancer, à reculons, net progrès, formidable,
Essayer encore de respirer normalement
Fragrances entêtantes, magie de l’instant
Raz-de-marée de sentiments
Et sans calendrier, aller de l’avant.

Nous n’avons fait que fuir, nous cogner dans les angles,
Nous n’avons fait que fuir,
Et sur la longue route,
Des chiens resplendissants deviennent nos alliés #

We're so hip

Capsule et décapsuleur, Francfort, décembre 2009

Aujourd’hui nous allons vous parler de nous (vous lisez un blog après tout), mais à la première personne du pluriel. Parce que comme diraient les autres, je suis deux.

À notre gauche donc, manu, le type qui vous explique que la playlist d’il y a deux semaines était un peu trop mainstream. Nous sommes d’accord avec lui évidemment.

À notre droite, sauvage, qui connait secrètement plein de chansons pop et qui joue à Singstar et Lips. Nous même avons tendance à passer un peu trop de temps à invoquer la pluie dans un micro sans fil à paillettes, le tout sur un morceau d’Avril Lavigne ; on ne lui jettera donc pas le caillou.

C’est pas tous les jours facile de contenir ces deux gars là dans la même enveloppe corporelle. Vous devriez les entendre se chamailler, les snobs of a bitch.

Le pire c’est quand ils doivent vous préparer une nouvelle playlist. Ben oui parce que pensez-donc, qu’est-ce qu’on va faire cette semaine, on leur envoie plutôt du mainstream ou du mainstream ?

Contre toute attente, ils sont une fois de plus tombés d’accord pour vous mijoter un truc classe (comme la moustache) et prétentieux (comme les inrocks) : we’re so hip!

“Not all chemicals are bad. Without chemicals such as hydrogen and oxygen, for example, there would be no way to make water, a vital ingredient in beer.” - Dave Barry

Nothing can stop me now

Budapest, janvier 2008

– Bon alors, ca donne quoi ce test d’intrusion ?
Je me demande si…
Nan là c’est un peu too much peut-être
Que ferait Barney ?
Ouais non j’ai pas de scaphandre.
– Ben sans surprise, votre site est tout pourri
– Oh ben vous on peut dire que vous êtes direct !
Ça veut dire quoi exactement “bientôt” ?
Étymologiquement parlant s’entend.
Genre 5 heures du matin ? Tu m’étonnes que je dorme pas.
– Oui excusez-moi, c’est pas ce que je voulais dire
C’était un peu trop frontal comme proposition non ?
La vache t’as bafouillé comme un gros teubé un peu
Ça se fait trop pas de couper la parole
C’était censé vouloir dire quelque chose ça ?
– Non mais c’est bien parfois la franchise, ca change.
Attention à force de sous-entendre tu vas finir sourd.
T’as pensé à lever les bras et crier à l’aide ?
Allez quoi, c’est pas le bout du monde quoi.
Bon enfin vas pas te rendre malade non plus.
– C’est vrai vous aimez ?
– J’aime bien oui.
Soyons désinvoltes.
N’ayons l’air de rien.

You can be such a tool sometimes

Plage de Trouville, août 2009

Alors donc c’est l’histoire d’un sauvage qui a redécouvert des albums l’année dernière. Les lecteurs attentifs savent lesquels, j’arrête pas d’en citer des bouts. Bon et dans le lot, y’en a un qui fait référence à un certain nombre de jours. Voilà, celui-là. Je me suis latéralement fait quelques aenemis quand j’ai évoqué la possibilité que ca soit l’album du siècle, mais les arguments de la partie adverse m’ont emporté comme une lame de fond depuis.

Bon bref, tout ça pour dire que depuis la résurrection de cet album là dans ma playlist, je me suis mis frénétiquement à compter les jours qui me séparaient de tout et de rien. Les secondes aussi, des fois. Et, plus grave encore, j’ai même créé des scripts python et des alertes dans mon agenda électronique pour ne pas oublier certaines dates marrantes ou marquantes. Comme celle d’aujourd’hui (un cookie à celui ou celle qui trouve).

Évidemment j’avais oublié les rappels SMS à 5 heures du matin.
Évidemment j’avais laissé mon téléphone allumé.
Évidemment ça m’a moyennement fait rire.

Alors je l’ai blogué.
Non mais.

Cogito Argot Sum

Coq, Rheinfelden - Herten, Allemagne, juillet 2009

[Certains se sont sentis trahis par la tournure linguistique d’hier. Dont acte.]

– Sauvage, t’as une binette à caler les roues d’un corbillard ce matin.
– À ce point là ? Tu serais pas encore en train de cherrer dans le mastic toi des fois ?
– Nan je te jure, t’as les yeux bordés d’anchois et t’es coiffé à la va comme je te pousse.
– Bon ok je suis un peu dans la résine, mais sa race je me lève quoi !
– Bah, tu sais bien que je suis vicieux comme un cheval borgne, vas pas le prendre de travers non plus.
– Allez je m’doute bien qu’j’ai pas l’air frais ; j’te fais marcher, cresson de pisson.
– Un coup de flotte et tout sera aux petits oignons mon rupin.
– Voilà qu’il me passe la main dans le dos maintenant. Tu me prends vraiment pour un lapin de six semaines…
– Loin de moi l’idée. Cela dit, tu pourrais m’avancer ? Je suis en galère de thunes.
– Même pas en rêve. Bon allez je file, je suis à la bourre encore.
– Déconne pas, je fais comment moi si je veux m’en jeter un petit?
– Tu fais pas, t’as plus qu’à compter les clous de la porte en attendant ce soir. Allez salut!

Outta nowhere

Varan, Parc du Lumphini, Bangkok, octobre 2009

Resignation is the little death that brings total obliteration of the mind. Learn German // Oh shit, there’s like a billion new songs in my playlist. Press play // What’s that on the shelf? Oh, my camera. // A hundred pages in a week is not enough. Let’s open that book. Or maybe I should blog about it. // Crap, beer belly. Let’s have Gin & Tonic // Stop chasing ghosts. Zombies are a lot funnier // Weekend. Copenhagen. Soon. Lille. Sooner. Berlin. Two weeks. Paris? Saturday // Real life never follows the script.

Inarticulate thoughts and a playlist. Outta nowhere.

– Mais pourquoi en anglais ?!
– Parce que vraiment l’allemand, c’est pas encore ça.

Fous ta cagoule

Camera de vidéo-surveillance, Bundestag, Berlin, avril 2009

L’avantage d’être en mission en Suisse, c’est qu’on capte la radio française. Ça me permet de rester un poil au fait de ce qui se passe, notamment dans nos banlieues. Aujourd’hui donc, on pouvait entendre notre représentant suprême parler de non régularisation de sans-papiers, de délinquants (non élus) roulant dans de grosses voitures avec des trucs bling bling, et d’un sujet cher à son compagnon de route Brice : la vidéo-surveillance.

Outre les arguments divers et variés déjà entendus et contrés intelligemment mille fois (on peut avertir un homme mille fois, mais on ne peut pas avertir mille fois…), il y avait de la nouveauté : président agacé, courroucé, tout rouge, a déclaré qu’il en avait assez qu’on méprise et tape sur les fonctionnaires (ceux-là mêmes qui manifestaient contre son gouvernement à quelques rues de là. *douce ironie*), et que tous les inconscients qui s’opposaient encore aux caméras de surveillance iraient expliquer aux profs maltraités comment une bande cagoulée peut rester impunie.

Hein comment ? Les caméras sont indispensables, sinon des gens cagoulés peuvent agir en toute impunité. Là, j’ai eu un moment de doute. J’avais très probablement mal entendu. Heureusement j’étais sur France Info, et j’ai pu réécouter ca pénard au feu suivant.

Eh bien figurez-vous, j’avais bien ouï. Contrairement à ce que vous pourriez penser, bande d’oisifs qui chaque jour sur Internet vous emparez d’une nouvelle affaire Dreyfus, mettre des caméras partout va inciter les délinquants à ôter leur cagoule. D’ailleurs presque plus personne ne se risque à la porter depuis qu’il y a un décret l’interdisant pendant une manifestation. Comme quoi voyez, nos politiques ont de la suite dans les idées.

Bref, frappé par le génie de la tournure, j’ai moi-même pensé à étendre le concept. Voyez donc :

  • Il faut mettre des consoles de jeu à disposition dans tous les CDI, afin d’inciter les collégiens à lire d’avantage.
  • Il faut distribuer plus de sucreries chez les dentistes, pour que les gens aient moins de caries.
  • Il faut supprimer toute référence à l’éducation sexuelle au collège pour que nos adolescents comprennent mieux la sexualité
  • Il faut installer plus de centrales à charbon sur le territoire pour aider à lutter contre le réchauffement climatique
  • Il faut supprimer toutes les élections au suffrage universel pour renforcer la démocratie
  • Il faut afficher des avertissements et des menaces de poursuite au début de chaque DVD acheté légalement afin de bien faire comprendre à leur possesseur que le téléchargement tue l’industrie du disque.
  • Il faut remettre du plomb dans toutes les peintures pour réduire les risques de saturnisme
  • Il faut instaurer une taxe sur tous les véhicules non-polluant pour favoriser le développement des énergies vertes

Des fois je me dis que je préfèrerais être complètement con.
Ou alors habiter dans un pays où je ne comprends rien à ce que les gens disent.

Obsessions

Gin & Russian Wild Berry Tonic, Berlin, juillet 2009

J’aime bien être cruel dans mes jugements musicaux. Cruel et tranché. Ça choque parfois les gens, surtout quand je commence à expliquer combien je méprise Gainsbourg, mais ça a le mérite de lancer des débats. Rien de plus ennuyeux que de se caresser le torse en tombant d’accord sur le génie musical (qui de toute façon est représenté par la trinité Homme / Keenan / Patton et le dieu Reznor) (oui il y a au moins deux instances de dieu et alors ?).

Ceci étant dit, je suis très loin d’être imperméable à la nouveauté, et il m’arrive parfois de changer d’avis ; la preuve j’écoute Pink Floyd et Chicago. D’ailleurs, selon la théorie sauvage n°341, il suffit d’écouter en boucle un album qu’on n’aime pas du tout pour finir par l’apprécier (il existe un corolaire pour le reggae, les Beattles, et les trois B, mais nous en reparlerons ultérieurement). Que celui qui n’a jamais écouté Avril Lavigne toute une journée me jette le premier caillou. Ouch. Aïe. Hé ! Stop, ça suffit, j’ai compris !

Bon, mais malgré tout, si on est sérieux deux minutes, quand on n’est pas obligé de se forcer à écouter un CD pour l’aimer, c’est quand même autre chose. Théorie sauvage n°267 : certaines chansons sont tellement bonnes qu’elles te sautent à la figure et te dévorent les tympans au moment où tu appuies sur lecture. T’as beau être chez un client hyper sérieux, habillé en costard et tout, tu peux pas t’empêcher de faire de l’air-guitar sur ton clavier et tordre des fesses sur ton fauteuil en cuir. Certains vont même jusqu’à faire du voice-guitar, tiki-ouaaa-ouah-tiki-ouah-wah-tiki-tiki-tiki. (Bulls on Parade, bande de loutres !)

Si on combine les deux théories, on en arrive à une loi générale, illustrée par le scénario suivant : tu mets le disque dans le lecteur à 14h03, en revenant de chez ton dealer de musique habituel, et là bâm, il est 23h37 et c’est toujours le même disque qui tourne. Pire, t’as fais repeat-1 à 14h05 et t’as écouté qu’une seule chanson depuis (laisse-moi te dire, t’as raté) (ah et y’a ton voisin qui sonne, il commence à criser) (t’as encore poussé le volume à 11).

Cette loi, jeune lecteur (tout le monde est jeune maintenant que je suis vieux, t’entends ?), c’est la loi sauvage n°378, dite de l’obsession compulsive : toute chanson jouée plus de trois fois de suite finira à terme par pourrir tes statistiques last.fm, agacer profondément toute personne se trouvant dans la même pièce que toi, faire fuir l’être aimé, te faire perdre ton travail, faire sortir les mauvais numéros du lotto et faire hurler les loups à la mort.

Et accessoirement, elle finira dans la playlist de la semaine : obsessions

Everything else is a waste of breath

Fenêtres, Berlin, novembre 2008

The truth can’t hurt you it’s just like the dark
It scares you witless
But in time you see things clear and stark

30 ans

Teufelsberg, Berlin, juillet 2009

Trente ans et tu regardes le papier peint vieillir
Trente ans et tu veux toujours t’éblouir
Dans des nuits si longues que les jours devaient rétrécir
Trente ans et oui tu ne les as pas vu venir
Trente ans c’est peut-être le moment de s’enfuir

T’étais partant disais-tu dans un sourire
Pour tes trente ans de brûler tes souvenirs
Trente ans ne laisse plus le canapé t’engloutir
Trente ans n’attends plus que l’on vienne t’attendrir
Redeviens touchant comme quand tu voulais tout détruire

C’est entêtant ce temps qui passe sans prévenir
Tant de mésententes et tant de causes perdues
Tant de mésaventures dans de petites préfectures
Tant pis pour les victoires et tant mieux pour les défaites
De toute façon on a toujours l’air aussi bête

No strings attached

Lignes à haute tension, autoroute A13, France, août 2009

La semaine dernière j’étais un poil décalé, horairement parlant. Et pas trop d’humeur à me mettre la pression non plus, vingt-quatre heures après mon retour du pays du sourire. Là ça va déjà beaucoup mieux : il fait moins douze, j’ai la crève depuis trois jours, et il reste une feuille sur l’arbre en bas de chez moi.

Bref, tout ça pour dire qu’on va reprendre calmement, avec une petite playlist toute douce : No strings attached

- No strings, no conditions. Just sex. What do you say?
- I can’t stay the night I have a breakfast meeting.

La teutonique des plaques

Drapeau allemand et fronton du Reichstag, Berlin, avril 2009

Cette semaine on fête halloween. Du coup je me suis dit qu’il était de bon ton de vous faire un petit peu peur. Et quoi de mieux pour ça qu’une playlist tout en allemand, mmh ?

Vous n’êtes pas effrayés ? Ne vous en faites pas, ce n’est que la première d’une série. Mais comme je suis gentil je vous les partagerai au compte goutte, promis.

Allez c’est parti, la terre tremble avec la teutonique des plaques - Neue Deutsche Härte :

- Mais au bout de trois ans à Berlin tu parles un peu allemand quand même ?
- Gar nicht.

Twelve Songs

Coucher de soleil, Ostkreuz, Berlin, octobre 2009

En novembre il pleuvait, et tout le monde était surpris. L’orage grondait encore.
En décembre il souriait, et tout le monde était beau. Paris scintillait dehors.
En janvier il neigeait, et elles ont débarqué. Berlin s’est réchauffée.
En février il essayait, et elles minaudaient. Ailleurs la terre tremblait.
En mars il gelait, mais ça allait. Plus ou moins, à peu près.
En avril il rêvait, et ça le perturbait. Aujourd’hui encore, en vrai.
En mai il faisait beau, et les vacances s’annonçaient. Compte les jours, compte les nuits.
En juin il petit-déjeunait, et il buvait. Pas tous les jours, pas toutes les nuits.
En juillet il faisait chaud, et il bossait. Il était grave en pétard.
En aout il nageait, et ils chantaient. Sourires, caramel salé et Léonard.
En septembre il soufflait, comme un vent frais de fin d’époque.
Octobre déjà, et il contemple un Bouddha, loin là-bas.

Un an. Quatre saisons. Douze chansons.

Shameless

Poitrine ajustable, Berlin, octobre 2009

Trente. Trois-Zéro. Un peu comme en 1998, sauf que ca ne va pas déplacer les foules.

Trente, comme un prénom danois qui fait mal aux molaires quand on le prononce.

Trente. En ville c’est un peu lent, genre on passe devant une école ou une jolie fille.

Trente fois trois-cent-soixante-cinq, environ. 10958 jours, pour être parfaitement exact et un poil agaçant.

Trente ans dans deux jours. Pour marquer le coup j’étais en quête d’un truc spécial, histoire d’avoir vécu un peu avant la date fatidique. Un truc inoubliable, inattendu et un peu sauvage. Alors je suis parti à la conquête de l’Asie, avec juste un sac à dos, une paire de jungle boots et un appareil photo.

Ah et je vous ai mis du Britney Spears dans une playlist. Et ouais. Je suis comme ca moi, shameless.

- Boy don’t try to front, I-I know just-just what you are ah-ah
- Yeah right.

Take Cover!

Auto-portrait cagoulé, Berlin, mai 2008

Je suis un intégriste. Un puriste. Un chieur un peu aussi. Et pourtant généralement, j’aime bien les albums live.

Prenez quelqu’un comme Thiéfaine par exemple: en concert, il a une pêche monstrueuse et une instru complètement différente. Oserai-je (il ose, le con !) dire que ses albums studio, à côté, sont musicalement chiants ? C’est planplan, c’est vieillot, c’est… culte, ok. Et je ne vous ai pas convaincu. Ben écoutez donc la version de Pulque, Mescal y Tequila au Zénith et comparez-là avec la version d’origine. Ben ouais, désolé mais ça claque pas pareil.

Donc, live, tout ça. Où voulais-je en venir. Oui da ! Les reprises. Comme je l’ai déjà dit, les reprises c’est le mal (tm). On ne peut pas rapper sur Portishead, par exemple. Im-pos-si-ble. D’ailleurs jamais je n’en écoute. Ja-mais. C’est comme découper les mots avec des tirets pour faire comprendre au lecteur qu’on articule le mot syllabe par syllabe. In-sup-por-table (de fait, ça l’est et j’arrête tout de suite).

Mais des fois vous ne savez pas que c’est une reprise, alors ça va. Cette semaine donc, je vous en propose dix. Et vous serez tous d’accord que bon, hein, on ne pouvait pas deviner tellement l’artiste d’origine n’a jamais sorti un tube. Je suis même presque sûr qu’aucun n’a de page wikipedia tiens. Everybody Take Cover!

(pssst, y’a encore des petites flèches pour toi qui refuse d’installer Spotify)

Chroniques de l'inculture

Forêt noire dans la brume, Allemagne, septembre 2009

- Quoi tu sais pas ce que c’est qu’un Rancor ?! (G., 8 ans)

Non. De même que, bien qu’ayant vu les épisodes 4,5,6 de Star Wars au moins trois fois chacun, je ne trouve toujours pas Leia sexy. Padmé Amidala en revanche, je ne dis pas. Surtout quand elle est déguisée en Fremen sur Tatooine.

- Impossible, tu connais pas TTC ?! (C., 24 ans)

Nan j’en ai jamais acheté, je peux t’en taxer ? Bon mais des fois j’écoute de la musique de rebelle hein, t’inquiète. Tiens hier encore j’ai passé du Tchaïkovski à fond, ça a pas mal calmé mon voisin dans le métro, j’ai bien rigolé. Du coup après il a mis les filles adorent sur son téléphone pour se venger. J’ai trouvé ca mesquin mais je lui ai dit lol.

- Hein t’as pas vu 2001 l’odysée de l’espace ?! (F., 21 ans et des poussières d’étoile)

Alors non, mais c’est pas faute d’avoir essayé. Je me souviens qu’il est passé à la télé en 1997, mais je devais réviser mon bac. Après en 2001 il était sur toutes les chaines, évidemment, mais par pur esprit de contradiction j’ai préféré regarder un documentaire sur mai 68. Ah et bien sûr en 2009 j’avais résolu d’enfin combler mes lacunes, mais après deux Fritz Lang et un demi Fassbinder j’ai décidé que finalement, jouer à la xbox c’était bien aussi.

- Attends tu connais qu’une seule chanson d’Elvis Costello ?! (E., 30 ans)

Ouais mais elle fait plus de six minutes alors ca va. Et puis quoi, y’a pas de honte, la plupart des artistes ne font qu’une chanson dans leur vie, si tu réfléchis bien. Regarde, Robert Miles, Babylon Zoo, Brassens, Vincent Delerm… Y’a que les très très grands qui peuvent se permettre de faire un album entier. Genre The Cure tu vois. Ou Bananarama.

- Me dis pas que tu n’as pas vu Apocalypse Now ?! (Anonyme)

Ben les films de guerre c’est pas trop mon truc. J’ai pas vu le pont de la rivière Kwai non plus. Mais c’est pas très drôle ces films là, y’a tout le temps des gens qui meurent en écoutant des chansons des Doors. Et des militaires gradés qui font genre ils sont cultivés parce qu’ils connaissent un bout d’opéra de Wagner. Bon enfin j’ai quand même vu deux trois classiques hein. Genre Tropic Thunder. Et Bride Wars, évidemment.

Trans Walldorf Express

Birdy Nam Nam, Rock en Seine, Saint-Cloud, août 2009

Un appareil photo à la main et un gros sac sur le dos, il trace son chemin dans les petites rues. Juste après avoir dépassé le parvis de l’église, les gens le regardent d’un air étonné. Ils se demandent probablement pourquoi le photographe porte un costume en pleine semaine. Les mariés doivent être des gens étranges.

Il presse un peu le pas, histoire d’arriver avant qu’il ne fasse complètement nuit. Il rentre les épaules et baisse encore un peu la tête, et il n’y a plus que les phares des voitures sur sa chemise blanche pour lui éviter de se fondre complètement avec le trottoir.

- Tu marches drôlement vite, j’ai du mal à suivre

La musique déborde de son casque et éclabousse les passants. Il relève un peu la tête.

- Hi hi hi
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- C’est rigolo, tu danses.
- Hein ?
- Ben oui regarde, tu tords les fesses en rythme, et tu dodelines la tête.
- Mais pas du tout, je marche vite c’est tout !
- T’écoutes quoi là ?

Il sort son iPod de la poche et jette un oeil à l’écran.

- Worried. C’est une chanson des Birdy.
- C’est cool. N’empêche j’avais raison, tu danses
- Non mais non, je presse le pas pour être plus vite rentré !
- tsk, mon homme danse dans la rue et c’est trognon. Et en plus il en rit !
- C’est pas ca, j’aime bien cette chanson.
- Et tu danses dessus.
- Absolument pas.
- Avec un sourire jusqu’au oreilles.
- Ça ouais, ok.
- Dans la rue.
- Et merde.

Il passe devant le bar du coin, dont le néon violet tout détraqué clignote aléatoirement dans la brume du soir. Trois grosses limousines passent un ralentisseur, l’une derrière l’autre et un peu trop vite. La lumière de leurs phares fait des sauts dans la nuit et dessine de petits carrés bleus sur sa chemise.

Funkalicious

Boule à facettes géante, Oslo, décembre 2007

Cette semaine on change les disques et on fait un bisou à Lisbei, parce que sans elle vous n’auriez peut-être pas de playlist aujourd’hui.

Zéro fureur, point de bourdon et à bas l’élitisme : on s’habille d’un sourire et d’un patte d’eph et on laisse tout son corps entrer en résonance avec les lignes de basse. Goûtez-moi donc ce son… mmmmh, funkalicious!

(psst; faut cliquer sur les petites flèches si t’as pas spotify)