Promis, ça ne sortira pas d'Internet

jeudi, avril 27 2017

Voter

Je sais que je vais voter parce que le choix est restreint. Il n’est plus question de vote stratégique ou de vote de confiance. Il n’est pas question de faire une sélection. Il s’agit juste de savoir lequel des deux je préfère.

Leurs choix sont si différents qu’il me parait inimaginable de dire que « ça reviendra au même ». Et si ça ne revient pas au même, alors je veux choisir.

(…)

Je sais pour qui voter parce que l’un des deux agit contre les minorités tandis que l’autre se contente de négliger ceux qui ne sont pas de sa caste préférée. Je sais pour qui voter parce que l’un des deux cherche à ouvrir le pays et l’autre à le fermer. Je sais pour qui voter parce que la gradation des dommages n’a rien à voir.

Je sais pour qui voter parce que, même si je pense qu’il est dans l’erreur, l’un croit que son programme apportera un mieux à tout le monde tandis que l’autre cherche d’abord à exclure et à segmenter.

Tout ça ne fait aucun doute pour moi. Je préfère celui qui ignore la souffrance des autres à celle qui distillera la haine.

Éric / survol.fr - Je sais pour qui voter (seconde édition)

Un tag, un mur, un message

mardi, février 14 2017

OK Conductor

L’exercice du mashup, qui consiste à mélanger deux musiques pour en faire une improbable troisième, m’a toujours laissé perplexe. Prenez par exemple NirGaga, utilisant les voix de Smells Like Teen Spirit sur la musique de Poker Face : est-ce génial ou terrifiant ? Un peu des deux ? Mon coeur balance. Et dans cet exemple précis, c’est difficile à assumer pour les fans de Nirvana comme pour les fans de Lady Gaga (partons du principe - totalement mensonger - que l’intersection des deux ensembles de fans est vide, histoire de ne pas perdre la face).

Jusqu’ici cependant, je n’avais été confronté qu’à des mixes de ce qu’on pourrait appeler abusivement des morceaux mainstream. Et tout à coup bam! Steve Hackman est venu chambouler l’ordre établi. Voici que Brahms rencontre Radiohead, le tout joué en live par un orchestre symphonique. Résultats je ne sais toujours pas quoi penser des mashups, mais j’ai écouté ça plusieurs fois en intégralité et vous devriez en faire autant.

jeudi, janvier 12 2017

Comme une envie d'omelette aux fines herbes

Je ne sais plus comment je suis tombé sur cet article du New York Times - There’s the Wrong Way and Jacques Pépin’s Way, mais il m’a curieusement marqué. Et donné envie de manger cette omelette de Jacques Pépin - celle qui est en photo dans une assiette bleue et qu’il cuisine dans la vidéo en bas de l’article.

Ayant suivi avec un peu trop d’assiduité les diverses émissions de cuisine diffusées à la télévision, je ne m’étonne plus trop d’avoir faim en regardant un chef travailler. En revanche, je suis toujours émerveillé par cette capacité que certains ont à maîtriser tellement les basiques qu’ils en deviennent alléchants. J’ai mangé des dizaines d’omelettes, mais jamais ça ne m’a réellement fait envie. J’en ai cramé des dizaines aussi, et bien évidemment ça fait encore moins envie. Mais visiblement, je passe à côté de quelque chose de potentiellement délicieux et je vais peut-être devoir reconsidérer ce plat. Comme tant d’autres.

Bien, je vous laisse, je retourne affuter mes couteaux…

jeudi, décembre 22 2016

The Last Unknown Man

Certains d’entre-vous ont peut-être déjà entendu parler de Benjaman Kyle, trouvé inconscient près d’un Burger King et n’ayant absolument aucune idée de ce qu’il avait bien pu faire les 30 dernières années. N’ayant pas non plus le moindre souvenir de son vrai nom ou de sa famille. The New Republic a publié en novembre un long reportage retraçant toute l’histoire, et c’est passionnant.

We live in an age of extraordinary surveillance and documentation. The government’s capacity to keep tabs on us—and our capacity to keep tabs on each other—is unmatched in human history. Big Data, NSA wiretapping, social media, camera phones, credit scores, criminal records, drones—we watch and watch, and record our every move. And yet here was a man who appeared to exist outside all that, someone who had escaped the modern age’s matrix of observation. His condition—blind, nameless, amnesiac—seemed fictitious, the kind of allegorical affliction that might befall a character in Saramago or Borges. Even if he was lying about his memory loss, there was no official record of his existence. He lived on the margins, beyond the boundaries mapped by the surveillance state. And because we choose not to look at individuals on the margins, it is still possible for them to disappear.

Extrait de l’article “The Last Unknown Man” sur New Republic

mercredi, août 24 2016

Big Glass Cases

C’est un texte un peu vieux au sens communément admis sur Internet : il date d’avril. C’est un texte long aussi, très long même, un photo-reportage. Et c’est un texte étranger, qui ne parle pas nécessairement immédiatement à tout le monde. Ça se passe à Napoléon, un village du Dakota du Nord.

Et pourtant c’est un joli texte, qui avec un tout petit effort se transpose facilement. Un texte qui part d’une question simple : comment est-ce que l’apparition d’Internet a changé notre façon d’appréhender le monde ? On y parle pas trop d’Internet pourtant, plutôt de Napoleon et de ses habitants, de ses écoliers surtout. Au cours de ma lecture, j’ai une fois ou deux remplacé Napoleon par le nom de villages français (Le Breuil, La Chapelle Gaudin…), et si on fait abstraction du climat, ça fonctionne assez bien.

Arrivé au terme du voyage, j’ai eu, brièvement, envie de rentrer chez moi. Ce chez moi qui n’existe pas, sur lequel je ne peux pas mettre de nom. Un chez moi tout petit, perdu, calme, ennuyeux souvent. J’ai pensé à mes vieux amis, dispersés dans le monde. J’ai trouvé ça beau, et j’ai eu envie de partager.

We may have occupied the same exact classrooms, memorizing the elements from the same periodic table, but their world is composed of different compounds. Like Holden’s kid sis, Phoebe, they are free radicals, unburdened by the angst of seeing a world outside the glass case they cannot know. When asked about their destiny, both Jaden and Katelyn see the future as the past, bundled up on the prairie, nurturing children who will farm the land of their parents’ parents’ parents.

Unlike me at that age, they have seen outside the glass. They know what’s what. They know who made who. They even have a nice word for their environment — community.

Extrait de l’article “Netflix and Ch-Ch-Chilly” sur Backchannel

jeudi, août 4 2016

Apocalypses

Il y a eu, d’abord ce monde étrange dans lequel l’humanité était confinée à des camps éclairés en permanence, entourés de murs. Une inversion du monde où nous étions ceux qui tentaient de survivre à un prédateur mal défini. Une espèce de surhumains curieusement photosensibles, que nous avions créée malgré nous avant de manquer disparaître. C’était opprimant, parfois, mais touchant, haletant, et ça me changeait des essais et des classiques. Ça s’appelait la trilogie du Passage, et j’attends encore le troisième pour terminer mon périple.

Et puis il y a eu ce huis clos de 144 étages, sous terre. Encore une tentative de survie, mais pas d’autre prédateur que nous-mêmes. Une histoire d’abord dense, construite, qui s’étiole et se délite un peu avec chaque nouveau volume, mais qu’on lit le jour, la nuit, dans le métro, dans la salle de bain, jusqu’à ce qu’on ait le fin mot de l’histoire. Encore une trilogie, celle de Silo.

Dans les deux cas, le style n’a rien d’exceptionnel. Mais c’est probablement pour ça qu’on a du mal à faire une pause. Les personnages sont parfois un peu trop : trop faibles, trop sûrs, trop chanceux, mais on s’y attache immédiatement. Certains stéréotypes perdurent, et rendront sûrement la lecture un peu pénible à nos petits-enfants, mais on trouve au moins deux héroïnes omniprésentes : la première est une guerrière casse-cou, l’autre une mécanicienne de génie. Elles ont une histoire, un futur, s’attachent à des hommes sans qu’ils ne leur volent leur vie ; ce sont de véritables personnes, et ça fait un bien fou.

Comme souvent avec les livres qui me marquent, ces histoires de presque fin du monde continuent bien au delà de la fin du livre. Ça trotte, ça tricote, ça gamberge et ces beaux arcs narratifs se transforment en rêves et rêveries.

Et au final, des rêves et de l’espoir, c’est pas mal comme programme en ce moment non ?

vendredi, décembre 18 2015

Heim

Toujours plus au sud,
tu suis la ligne bleue,
Jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

Un peu plus près du ciel,
Et te voilà
Chez toi.

mercredi, décembre 9 2015

S'écouter

À quinze ans, à vingt peut-être, il m’est arrivé d’écouter un album jusqu’à ce que je l’aime. Ça n’a pas toujours été facile, mais c’est à ce prix qu’on se construit.

Aujourd’hui, il m’arrive plus souvent d’aimer un album jusqu’à ce que je l’écoute.

lundi, décembre 7 2015

Lignes

“Pont au change”. C’est quand même un drôle de nom, un truc à hurler des paroles des Deftones. Sauf qu’en y arrivant, t’as tellement été compressé que tu n’as plus d’air dans les poumons. Alors tu fais tes réserves en attendant l’Opéra.

vendredi, décembre 4 2015

Noir sur noir

Comment tu fais pour ne pas t’énerver quand on cherche à te vendre du dentifrice pour homme ? Un truc pareil, tu ne peux pas t’en laver les mains.

mercredi, décembre 2 2015

Carnet parisien

Ça serait marrant de faire une grille de bingo pour vieux con. On pourrait commencer avec la question éternelle des carnetiers dépassés (par leur journée, leur métier, leur été) : bon alors, ce blog, quand est-ce que tu y postes un truc ?

Et les excuses d’en face, qui ne rateront jamais : j’ai pas le temps. Il faut que je refasse ma css. J’ai une vie. J’ai rien à dire. Et toi d’abord ?

C’est bête, au fond. Parce que la vraie réponse, celle que personne ne veut entendre, c’est celle-ci : mon quoi ?

dimanche, novembre 29 2015

à plat

J’ai réussi je me souviens, à avoir de la répartie. C’était un vendredi, sûrement. Mais les dernières fois c’est toi qui était drôle, et j’écoutais tes blagues en me disant que, dix ans plus tôt, j’y aurais pensé avant.

jeudi, novembre 26 2015

Entre

we’ll find the perfect place to go where we can run and hide

Entre deux gares, entre deux eaux, entre deux clients, entre deux discussions, entre donc, j’étais en train.

À un moment il faudra se poser, histoire de réfléchir, prendre du recul sur les évènements, prendre connaissance de l’environnement, prendre ta main et puis, à la fin, ne penser à rien d’autre qu’à nous.

mardi, novembre 17 2015

Tenter d'écrire

C’est un peu le contraire d’une page blanche : un pavé indigeste qui refuse de sortir et qui bouche l’horizon. Des sujets qui se bousculent, qui s’accumulent, des petites phrases qui n’en finissent pas de tourner en rond.

Et puis un matin, les pouces encore endormis, tu commences à taper et le pavé se dissout en une multitude de petits tas glissant entre les doigts.

mardi, novembre 25 2014

Liberté d'expression

Bordel de câbles

si la liberté d’expression garantit le droit de s’exprimer, elle ne garantit pas que toute parole soit intelligente, argumentée, véridique, respectueuse… Non, toutes les idées ne se valent pas. Personnellement, je ne crois pas que toute idée qui sous-entende une hiérarchisation des êtres humains ait la moindre valeur. Racisme, sexisme, homophobie ; autant de façons de dire que l’autre est inférieur ; autant d’idées qui ne méritent pas d’être exprimées sans conséquence, qui exigent d’être au minimum contredites lorsqu’elles sont exprimées.

Extrait de l’article “Choix Éditoriaux” sur le blog de Virgile

vendredi, juin 6 2014

The Internet with a Human Face

If at first you don't succeed, call an airstrike

Imagine if there was only one bar in Düsseldorf, or all of Germany, and if you wanted to hang out with your friends, you had to go there. And when you did, there were cameras everywhere, and microphones, and you were constantly being interrupted by people selling you stuff. That’s the situation that obtains with Facebook today.

Surveillance as a business model is the only thing that makes a site like Facebook possible.

Extrait de la présentation de Maciej Ceglowski, The Internet with a Human Face

jeudi, juin 5 2014

Où l'on reparle d'Europe

Aigle perché, Khao Sok

l’Europe n’a pas vocation à se substituer aux Nations. L’Europe est faite par les Nations. L’Europe respecte et défend les traditions locales, la diversité culturelle ; l’Europe, c’est le fait même de pouvoir librement être différent de l’autre. Comment pourrait-elle, avec un tel ADN idéologique, représenter une menace hégémonique signifiant la disparition des identités nationales, dont la protection est inscrite même dans les Traités, protection maintes fois affirmée par la Cour de Justice Européenne ?

Extrait de l’article Réalité françaises, sur l’excellent blog du frangin.