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« C'est quand même pas de ma faute si vous êtes nuls à Tetris... »

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Shameless

Poitrine ajustable, Berlin, octobre 2009

Trente. Trois-Zéro. Un peu comme en 1998, sauf que ca ne va pas déplacer les foules.

Trente, comme un prénom danois qui fait mal aux molaires quand on le prononce.

Trente. En ville c’est un peu lent, genre on passe devant une école ou une jolie fille.

Trente fois trois-cent-soixante-cinq, environ. 10958 jours, pour être parfaitement exact et un poil agaçant.

Trente ans dans deux jours. Pour marquer le coup j’étais en quête d’un truc spécial, histoire d’avoir vécu un peu avant la date fatidique. Un truc inoubliable, inattendu et un peu sauvage. Alors je suis parti à la conquête de l’Asie, avec juste un sac à dos, une paire de jungle boots et un appareil photo.

Ah et je vous ai mis du Britney Spears dans une playlist. Et ouais. Je suis comme ca moi, shameless.

- Boy don’t try to front, I-I know just-just what you are ah-ah
- Yeah right.

Take Cover!

Auto-portrait cagoulé, Berlin, mai 2008

Je suis un intégriste. Un puriste. Un chieur un peu aussi. Et pourtant généralement, j’aime bien les albums live.

Prenez quelqu’un comme Thiéfaine par exemple: en concert, il a une pêche monstrueuse et une instru complètement différente. Oserai-je (il ose, le con !) dire que ses albums studio, à côté, sont musicalement chiants ? C’est planplan, c’est vieillot, c’est… culte, ok. Et je ne vous ai pas convaincu. Ben écoutez donc la version de Pulque, Mescal y Tequila au Zénith et comparez-là avec la version d’origine. Ben ouais, désolé mais ça claque pas pareil.

Donc, live, tout ça. Où voulais-je en venir. Oui da ! Les reprises. Comme je l’ai déjà dit, les reprises c’est le mal (tm). On ne peut pas rapper sur Portishead, par exemple. Im-pos-si-ble. D’ailleurs jamais je n’en écoute. Ja-mais. C’est comme découper les mots avec des tirets pour faire comprendre au lecteur qu’on articule le mot syllabe par syllabe. In-sup-por-table (de fait, ça l’est et j’arrête tout de suite).

Mais des fois vous ne savez pas que c’est une reprise, alors ça va. Cette semaine donc, je vous en propose dix. Et vous serez tous d’accord que bon, hein, on ne pouvait pas deviner tellement l’artiste d’origine n’a jamais sorti un tube. Je suis même presque sûr qu’aucun n’a de page wikipedia tiens. Everybody Take Cover!

(pssst, y’a encore des petites flèches pour toi qui refuse d’installer Spotify)

Chroniques de l'inculture

Forêt noire dans la brume, Allemagne, septembre 2009

- Quoi tu sais pas ce que c’est qu’un Rancor ?! (G., 8 ans)

Non. De même que, bien qu’ayant vu les épisodes 4,5,6 de Star Wars au moins trois fois chacun, je ne trouve toujours pas Leia sexy. Padmé Amidala en revanche, je ne dis pas. Surtout quand elle est déguisée en Fremen sur Tatooine.

- Impossible, tu connais pas TTC ?! (C., 24 ans)

Nan j’en ai jamais acheté, je peux t’en taxer ? Bon mais des fois j’écoute de la musique de rebelle hein, t’inquiète. Tiens hier encore j’ai passé du Tchaïkovski à fond, ça a pas mal calmé mon voisin dans le métro, j’ai bien rigolé. Du coup après il a mis les filles adorent sur son téléphone pour se venger. J’ai trouvé ca mesquin mais je lui ai dit lol.

- Hein t’as pas vu 2001 l’odysée de l’espace ?! (F., 21 ans et des poussières d’étoile)

Alors non, mais c’est pas faute d’avoir essayé. Je me souviens qu’il est passé à la télé en 1997, mais je devais réviser mon bac. Après en 2001 il était sur toutes les chaines, évidemment, mais par pur esprit de contradiction j’ai préféré regarder un documentaire sur mai 68. Ah et bien sûr en 2009 j’avais résolu d’enfin combler mes lacunes, mais après deux Fritz Lang et un demi Fassbinder j’ai décidé que finalement, jouer à la xbox c’était bien aussi.

- Attends tu connais qu’une seule chanson d’Elvis Costello ?! (E., 30 ans)

Ouais mais elle fait plus de six minutes alors ca va. Et puis quoi, y’a pas de honte, la plupart des artistes ne font qu’une chanson dans leur vie, si tu réfléchis bien. Regarde, Robert Miles, Babylon Zoo, Brassens, Vincent Delerm… Y’a que les très très grands qui peuvent se permettre de faire un album entier. Genre The Cure tu vois. Ou Bananarama.

- Me dis pas que tu n’as pas vu Apocalypse Now ?! (Anonyme)

Ben les films de guerre c’est pas trop mon truc. J’ai pas vu le pont de la rivière Kwai non plus. Mais c’est pas très drôle ces films là, y’a tout le temps des gens qui meurent en écoutant des chansons des Doors. Et des militaires gradés qui font genre ils sont cultivés parce qu’ils connaissent un bout d’opéra de Wagner. Bon enfin j’ai quand même vu deux trois classiques hein. Genre Tropic Thunder. Et Bride Wars, évidemment.

Trans Walldorf Express

Birdy Nam Nam, Rock en Seine, Saint-Cloud, août 2009

Un appareil photo à la main et un gros sac sur le dos, il trace son chemin dans les petites rues. Juste après avoir dépassé le parvis de l’église, les gens le regardent d’un air étonné. Ils se demandent probablement pourquoi le photographe porte un costume en pleine semaine. Les mariés doivent être des gens étranges.

Il presse un peu le pas, histoire d’arriver avant qu’il ne fasse complètement nuit. Il rentre les épaules et baisse encore un peu la tête, et il n’y a plus que les phares des voitures sur sa chemise blanche pour lui éviter de se fondre complètement avec le trottoir.

- Tu marches drôlement vite, j’ai du mal à suivre

La musique déborde de son casque et éclabousse les passants. Il relève un peu la tête.

- Hi hi hi
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- C’est rigolo, tu danses.
- Hein ?
- Ben oui regarde, tu tords les fesses en rythme, et tu dodelines la tête.
- Mais pas du tout, je marche vite c’est tout !
- T’écoutes quoi là ?

Il sort son iPod de la poche et jette un oeil à l’écran.

- Worried. C’est une chanson des Birdy.
- C’est cool. N’empêche j’avais raison, tu danses
- Non mais non, je presse le pas pour être plus vite rentré !
- tsk, mon homme danse dans la rue et c’est trognon. Et en plus il en rit !
- C’est pas ca, j’aime bien cette chanson.
- Et tu danses dessus.
- Absolument pas.
- Avec un sourire jusqu’au oreilles.
- Ça ouais, ok.
- Dans la rue.
- Et merde.

Il passe devant le bar du coin, dont le néon violet tout détraqué clignote aléatoirement dans la brume du soir. Trois grosses limousines passent un ralentisseur, l’une derrière l’autre et un peu trop vite. La lumière de leurs phares fait des sauts dans la nuit et dessine de petits carrés bleus sur sa chemise.

Funkalicious

Boule à facettes géante, Oslo, décembre 2007

Cette semaine on change les disques et on fait un bisou à Lisbei, parce que sans elle vous n’auriez peut-être pas de playlist aujourd’hui.

Zéro fureur, point de bourdon et à bas l’élitisme : on s’habille d’un sourire et d’un patte d’eph et on laisse tout son corps entrer en résonance avec les lignes de basse. Goûtez-moi donc ce son… mmmmh, funkalicious!

(psst; faut cliquer sur les petites flèches si t’as pas spotify)

Thirteen

Fresque du monument soviétique de Treptower Park, Berlin, décembre 2006

Quand j’ai ouvert les yeux, le monde avait changé.
Au milieu du mois d’août, je crois qu’il a neigé.
Il n’y avait plus personne aux terrasses des cafés
Et tous les magasins étaient fermés.
On aurait dit la guerre, ou bien un jour férié
Sans repas de famille et sans électricité.
Il n’y avait rien à faire
Et rien n’a été fait
Il n’y avait rien à faire
Incroyable mais vrai.

J’ignore la date exacte. C’aurait été difficile de toute façon ; tout s’est passé au milieu d’un brouillard indéfinissable. Dès le départ je pouvais dire exactement comment et avec qui ça allait se finir, mais il m’a fallu attendre quelques mois pour oser en parler. Quand l’automne est arrivé, le rideau était déjà tombé. J’ai fêté mon anniversaire dans un village allemand, avec pour seul horizon le mur de ma chambre d’hôtel.

Je me revois ensuite flotter complètement à côté de mes pompes, en plein mois de décembre. M’avalant film sur film sur film au cinéma de Boulogne. Refaisant ma garde-robe et essayant tant bien que mal de garder un semblant d’entrain en société. Et puis je me rappelle de cette soirée à l’assassin, où entouré de trois d’entre elles je me suis senti vraiment bien pour la première fois depuis longtemps.

Il y a eu Noël, au milieu d’une série de fuites en avant. Il y a eu le réveillon, et lui qui m’a sauvé la vie. Et puis il y eu cette inconnue qui m’a remis d’aplomb, un peu. C’était la première que j’embrassais, et c’était doux. C’était la dernière, aussi, mais c’est la vie. A la fin du mois de janvier il a neigé et je buvais du café.

Mars, avril, mai, juin, juillet, août et c’est déjà septembre. Le rideau s’ouvre, et les feuilles tombent.

Quand j’ai ouvert les yeux, le monde avait changé.
Au milieu du mois d’août, zéro degré.
Il y avait un grand feu dans la rue d’à-côté,
Apparemment les gens voulaient se réchauffer.
Penser à autre chose
Parler un peu de tout
Parler un peu c’est bien
Et ça ne gâche rien.

The Bristol Sound

Parking lot, Calgary, BC, Canada, janvier 2007

1995. Avec un an de retard, Portishead débarque dans ma lointaine caverne et Glory box tourne en boucle sur toutes les bonnes radios. Comme à peu près la moitié de la planète, ça me prend au tripes et je casse ma tirelire pour acheter l’album. N’ayant accès ni à Internet ni à un magazine de musique digne de ce nom, j’ignore tout de la mouvance trip-hop et je referme la parenthèse musicale en écoutant Smash en boucle.

1996, mon pote Antoine, toujours en avance sur l’âge des cavernes, me fait écouter Hell Is Round the Corner et me garantit qu’on n’a pas fini d’entendre parler de Tricky. Je hurle au scandale : mais qu’est-ce que c’est que cette reprise toute moche, on ne peut pas décemment rapper sur Portishead. Je boycotte donc et continue d’ignorer non seulement l’existence d’un genre musical entier, mais également l’immense contribution d’Isaac Hayes au genre en question.

1997, le même Antoine réitère avec Tricky et achète Pre-Millenium Tension, parce qu’il aime bien la pochette (ce qui est une façon tout à fait valide de découvrir de chouettes groupes, mais qui vous fera passer à côté de tous les albums de Zone Libre). Je me paie copieusement sa tête, mais comme il l’a encodé en mp3 je lui demande de me le graver sur un CD. 150 minutes plus tard (à l’époque on n’avait pas de Burn-Proof et on gravait en 1x), j’étais secrètement très heureux.

2000, une fille me fait découvrir Morcheeba et je tombe instantanément amoureux. Deux semaines et un regrettable malentendu plus tard (elle: je peux dormir chez toi ce soir? J’habite un peu loin et il est déjà 15h… / moi: pas de problème je vais crécher chez mon voisin t’en fais pas.), je plongeais corps, âme et déprime dans les bacs de mon disquaire préféré et achetais à peu près tout ce qui était, à tort ou à raison, étiqueté The Bristol Sound.

There is a crack in everything,
That’s how the light gets in.

Unrelated

Wir wollen mehr ferien (nous voulons plus de vacances), Walldorf, Allemagne, septembre 2009

Une rame de métro blindée
Une forte odeur de cannabis en haut des escaliers
Un gars, une fille, bisous je file
Un bar vide, un cuistot barré
Une faim tenace, une foutue soif de vivre
De la musique de l’âge de pierre
Un pub plein de potes et de diagonales perdues
Des noms qui commencent tous en M, mais pas tous en fait
Des chips au vinaigre, des Big Mac façon triple Whopper
De bons conseils, une bière pour faire couler ça
Une autre, une autre, une autre, des sourires, des taxis
Des plans de quartier qui refusent de descendre
Ca va chez vous, trop belle la vie ?
Ben c’est pas la joie, elle dort chez Sophie
Les deux pieds dedans, pas fait exprès
Un type sur le trottoir, qui dégobille
Une porte rose, un code à taper
Toujours le cannabis, dans l’escalier

Un téléphone qui sonne trop tôt
Un marteleur entre les tempes
Des viennoiseries, un Red Bull, puis deux
C’est où déjà ton poissonnier?
Un métro vide, deux digicodes, pas changés
Un gars, une fille, un gars, une fille, des ailes et des p’tits monstres
Un thé, un scalp, un gros bâtard et Shosanna
Sacré bout d’fille, nan tu trouves pas ?
Deux heures d’allemand, c’est où chez toi ?
Un peu plus loin, et dix bouquins, pour presque rien
Un bar, un autre, une piqûre de moustique en pleine rue
De la mangue, de la coco, de la coriandre
Et une bière pour faire couler tout ça,
Lille-Paris sans soucis, mais on dort où le troisième soir ?
Une autre bière et des sourires, des rues qui défilent et des étages
La tour Eiffel, putain, et Montmartre, et le canal, où on se noie
Allez dégage connard, et rabats-toi
Priorité à droite, fille de gauche, la balle au centre
Mais ça seraient pas les voisins qui s’rentrent ?
Qu’il est beau ce chat, viens jouer avec moi,
Sois sympa, mords-moi les doigts

Un téléphone qui sonne encore,
Café, douche, café, télé,
Ségolène chie sur Paris, Paris qui file,
What is it? Easy like Sunday morning,
Des œufs brouillés, un peu comme eux
Un gars, une fille, une fille, un gars, une fille, et moi
Des hiragana, des katakana, et des cookies au chocolat
Une pyramide, pas un compas,
mais bon y’a l’œil alors ça va
Faudrait qu’on y aille, et un coca !
Marchons, marchons, la république attendra
Cannabis, cannabis, chuis au premier
Une grosse valoche, un court weekend
Time of my life, fenêtres ouvertes,
She’s like the wind, pied au plancher, sur les pavés
Overload sous le périph’, y’a plus d’BP
Une sieste pour faire passer
On se voit à sept heures, à huit, après
Un digicode qu’a bien changé
On s’fait des sushis? Allez Ok.
Mais qu’il est bête ce chat,
Lache donc ça, ça s’mange pas
Qui donc que v’là, c’est la smala !
Italien ? Ouais pourquoi pas.
Pizza, carpaccio, antipasti
Plat du soir et plein de truffe noire
Michou, Mike Brant, Eros Ramazzotti
Perdu deux tailles, futal sur les chevilles
Regard torturé, ça la tiraille
Joli tablettes faites au marqueur,
j’resterais bien encore une heure
Bon allez les p’tits gars, je file

Un téléphone, qui ne sonne pas,
Pas fermé l’œil, toujours comme ça
Un café, une douche, un café,
Un verre d’eau, un câlin au chat
Espèce de con tu m’manques déjà
Une ruelle sombre, relents de pisse
Ça sent l’cramé, épave, Renault 10
Et un clodo qui hurle des insanités
Je serre les dents, j’ai l’air féroce
Je fixe mon ombre, personne derrière
Traverse au rouge, dans la nuit jaune
Tape sur une caisse arrêtée au hasard
Sur le passage piéton.

Des poils de chat, des noirs des blancs
Une odeur de clope froide qui s’accroche à mon sac
Une gommette bleue collée à ma veste
Voilà la gare, voilà ma gare
Je saute dans le train, il est à l’heure.
Téléphone, il est sept plombes
Y’a un message sur mon répondeur
Roulé en boule, la gueule en quart
J’ai froid, je tremble, j’veux pas partir
Trente-trois onze, une page se tourne,
Changement de pays, changement de décor
Vendredi, mon patron est mort

Make it a double!

Double dose, Walldorf, septembre 2009

C’est moi ou on est mercredi aujourd’hui ? Bon alors, cette semaine je vous ai préparé une petite décoction à base de groupes que j’ai découverts dans les douze derniers mois. Je sais je sais, je suis du genre un poil à la bourre ; la semaine dernière j’ai découvert New Model Army, c’est vous dire.

Bref. Comme j’ai souvent du mal à choisir la chanson, ce coup-ci je vous en ai mis deux. Ça n’a pas nécessairement été plus simple (si ça ne tenait qu’à moi, je vous collerais les albums en entier à chaque fois), mais c’était bien fun.

Et puis ça m’a un peu rappelé cette merveilleuse émission radio, Stop ou encore, où t’avais pas besoin d’attendre minuit pour crier more more more et dont le présentateur était un peu l’idole d’une génération. Tiens je vous ai déjà dit que Billy est une marque de capotes en Allemagne ? Visiblement c’est comme ça qu’ils appellent leur truc. Un peu comme nous avec Paul quoi. Sauf que bon, Billy c’était pas un apôtre.

Allez trève de bêtises, c’est parti mon Billy. Et ce soir quand vous boirez un coup pour oublier l’été et mes vannes pourries, make it a double!

Hey bartender hit me with a double
And introduce me to that girl with the bubble

Koi no Mega Lover

Vigeland Park, Oslo, décembre 2007

Le sauvage est un gentil garçon. Un peu virulent par moment – il mange régulièrement du troll au petit déjeuner – mais fondamentalement attaché à la paix dans le monde. S’il était né très jolie fille, on l’aurait probablement inscrit au concours Miss France, mais voilà il est arrivé au monde dans le corps et avec l’esprit d’un mâle. Pour compenser un peu et essayer de faire en sorte que l’univers soit un peu plus juste, il adhère à des principes féministes et égalitaristes que beaucoup jugent extrêmes.

Ce type de prise de position est toujours un peu délicat à assumer en face d’une troupe de mâles alcoolisés, mais c’est le genre de lutte de tous les instants qui lui plaisent particulièrement ; il ne croit pas aux causes perdues d’avance, et c’est probablement pour ça qu’il défend le logiciel libre avec les ongles et les dents. Bref, tout sauvage qu’il est et malgré la présence d’auvergnats au gouvernement, il croit fondamentalement en l’humain.

Évidemment ca n’est pas sans lui poser de problèmes. Tenez par exemple, en primaire déjà. Ses deux meilleurs amis étaient de vraies têtes brûlées : ils grimpaient aux arbres alors que c’était interdit, avaient une collection de petites voitures impressionnante, et couraient plus vite que lui. Pour le reste des gens cela dit, il était absolument inconcevable que ce soient ses copains : ils s’appelaient Sarah et Esther.

Aujourd’hui, si vous lui demandez de vous parler des gens qu’il a rencontrés le soir précédent, il se souviendra très probablement de leurs goûts musicaux, de la couleur et la longueur de leurs de cheveux, de leur métier, et de leurs chaussures. Il a d’ailleurs une théorie personnelle sur le fétichisme du pied, selon laquelle les grands timides sont plus susceptibles que les autres de tomber dans les affres de cette délicate perversion.

Ce dont il sera parfaitement infoutu en revanche, c’est de vous dire si la fille avec qui il a débattu quatre heures pour savoir lequel de Mercurial ou de git était le mieux foutu fait du 95C ou du 85A (en dessous de ça généralement, elle vous le fait remarquer d’office, histoire de mettre derrière elle ce qu’elle estime lui manquer devant). C’est pas que ça ne l’intéresse pas dans l’absolu, juste que dans le contexte, c’était hors sujet.

Et pourtant hier à une heure trente-sept, en revenant de déjeuner, au lieu de se dire comme tous les jours: “sweet, it’s 1337 o’ clock”, son regard a accroché une paire de fesses rebondies, constaté la présence d’un string plutôt que d’une culotte, remonté le dos jusqu’à la nuque découverte, s’est perdu deux secondes dans l’onde de cheveux remontés en un vague chignon avant de se détourner pour mieux plonger dans un décolleté parsemé de tâches de rousseur.

Soixante secondes plus tard, le gentil garçon a finalement réussi à dompter le sauvage et dirigé ses yeux vers les pieds du décolleté. Talons de quinze centimètres, chaussures noires à semelle rouge. Gnnn. Fixant la moquette tachetée jusqu’à son bureau, il a ensuite descendu un grand verre d’eau fraîche. Au moment de choisir sa playlist, il a cliqué sur la première chose qui lui soit passé par la tête.

Maximum the hormones.

Stalker!

Mike Patton, Rock en Seine, Paris, août 2009

Aujourd’hui nous étudierons un phénomène de société plutôt répandu : le stalking. Également appelé harcèlement chez mes compatriotes, sauf qu’ils parlent quand même de stalker parce que harceleur c’est nul comme mot. C’est un peu comme si on essayait de traduire brownie, vous voyez. Ou retaliation.

Bref, toujours est-il que dans un univers parallèle au mien, il doit être considéré comme mignon de harceler les gens. Pendant des mois. Du coup, si tu ne t’arrêtes pas je vais te planter un tournevis entre les deux yeux devient probablement une charmante preuve d’affection, et tourner le dos au gens avec un petit air exaspéré constitue le summum de l’érotisme, ainsi qu’une invitation à rouler une pelle.

Visiblement dans cet univers là, les parents suivent les préceptes de Dolto à la lettre, et leurs enfants tendent naturellement à prendre le refus pour un signe d’intérêt, le désintérêt pour un signe d’affection et un hochement de tête pour une demande en mariage.

Du coup, j’imagine qu’un simple sourire peut leur déclencher des orgasmes multiples, et en un sens je les envie un peu (remarquez moi je peux pisser debout) (la belle affaire que voilà) (entre parenthèses).

Tout ça serait absolument fascinant et sans conséquence si nous n’étions qu’observateurs neutres de ce monde extérieur biaisé. La réalité, malheureusement, c’est qu’on est obligés d’ajouter d’horribles mots à la langue française pour décrire notre gêne. Avouez, c’est juste gonflant.

Bref, rôdeurs de tout poil, celle-là vous est dédicacée : Stalker!

If I speak at one constant volume
At one constant pitch
At one consonant rhythm right into your ear
You still won’t hear!
You still won’t hear…

Insomniaque

Insomniaque, alcoolique, allumé, Berlin, septembre 2009

Il est deux heures, ou cinq ou huit
Petit matin, après-midi,
Déjà moins dix, un temps pourri
Le ciel dégueule, orage, minuit.
T’entends ce boxon?

Malback, Cognac, sa race, patraque
Le bide en vrac tu vides ton sac
Rue saint Sulpice, le poing levé
Et trop bien élevé-e pour hurler
Tu montes le son.

Tu vois plus rien, foutue chaleur
Tu bois plus rien, p’t’être tout à l’heure
Concentre-toi sur les morceaux
Ceux qui te restent sous la peau
Allez sois pas con.

Café, clope, un p’tit chien noir
Ta gueule défaite dans le miroir
Pas fermé l’œil, ça va se voir
Et faudra t’nir jusqu’à ce soir
Ouais mais bon.

Dormir, jamais, pas qu’ça à faire
Dormir, jamais, mais ouais, t’aimerais
Dormir, jamais, ça sert à rien
Dormir, jamais, dormir, putain
Oui mais non.

(Clin d’oeil à un jeune poète)

North by Northwest

Seattle, juillet 2006

C’était en 2006, j’étais encore relativement jeune et je travaillais pour l’empire du mal, pas très loin de Seattle. Un weekend, bien décidé à laisser le boulot derrière moi, je suis allé faire un tour au musée de la science-fiction et je me suis pris une grosse baffe. J’y ai passé des heures, notant mentalement tous les livres que je devais absolument lire, tous les auteurs que je devais impérativement ajouter à ma bibliothèque, et tout le temps que j’allais devoir consacrer à combler mes lacunes et rattraper le retard. Trois ans plus tard, la liste n’a fait que s’allonger, malgré de longues soirées passées à bouquiner dans les coins les plus perdus d’Europe.

En sortant, je voulais me changer un peu les idées. Je suis donc allé faire un tour juste à côté, à l’EMP – une espèce de musée vivant de la musique. Et derechef, je me suis pris une jolie claque. Le sens de l’univers venait de m’être révélé : Atlantic Records, Jimi Hendrix, le grunge sous toutes ses formes, des tonnes de groupes indie – j’étais dans une capitale mondiale de la musique et je marchais dans les pas de mes groupes préférés. À l’étage j’ai hésité à massacrer Foxy Lady sur les guitares en libre accès, et refusé de m’infliger la honte de ma vie en tentant de jouer de la batterie.

La journée ainsi bien entamée, j’ai mangé en bord de mer en écoutant Queensrÿche donner la réplique aux marchands de poisson, halluciné devant le monorail, rempli une carte SD de photos ratées et bu des coups dans des petits cafés où on jouait du jazz toute la nuit.

Sur la route du retour, en quittant l’interstate 5 pour Portage Bay, je me suis dit que malgré ses 360 jours de pluie par an, cette ville avait un côté magique.

(Téléportation imminente, suivez le cap North by Northwest)

– Et avec tout ça, t’as toujours pas vu Singles ?!
– Nope.

Résection

Trois ans plus tard, Berlin, août 2009

Life goes easy on me

Madrid, août 2009

Au milieu de la foule anonyme, il marche en regardant droit devant lui. Le monde est muet, on n’entend que la musique qui rythme ses pas, légèrement trop forte. C’est la fin de l’été, il fait bon dehors et il sourit avec insouciance.

Quelques mètres plus loin, elle marche en regardant droit devant elle, légèrement en décalage avec la musique. Elle porte une jolie robe noire et la brise du soir fait décrire à ses cheveux des chemins improbables autour de ses hanches. Elle sourit, et plus rien n’a d’importance.

Il repense à ce film qui l’a tant marqué.
Elle n’a pas grand chose de Nathalie.
Il ne ressemble pas du tout à Jude.

A Weekend in the City

Tour Eiffel, Paris, décembre 2008

Ce matin je vous fais coucou depuis le ciel tout en essayant de remettre un peu d’ordre dans ma pauvre tête. Je viens de passer une journée à expliquer en anglais à des Espagnols que leur projet en Suisse allemande était perfectible. Pardon my French.

Allez, pendant que le personnel navigant tente de maîtriser les serpents dans mon avion, laissez-moi vous raconter encore un weekend avec une playlist : des gens formidables, de l’élite, beaucoup de musique, un peu d’alcool - A weekend in the city

- What are you doing?
- I’m taking over a TV network.
- Finish up, honey, and get to sleep.

Wild young hearts

Coucher de soleil, Berlin, juillet 2009

And while the city sleeps
I won’t weep because I didn’t keep
My boyfriend and the summer’s end is here again
And the leaves are golden
Under the grand silver birch tree

While we’re thinking bout the people we meet
Dancing feet, wasters on the cover of a magazine
People you’ve kissed, people you lust
And the one’s that you might not
Ever remember what’s the use

I’m not what I was last summer
Not who I was in the spring
Tell me, tell me, tell me when will we learn
We love it and we leave it and we watch it burn
Damn these wild young hearts
Damn these wild young hearts

Now that the city’s awake, my heart aches
Oh what a silly mistake it seems I’ve made
You left your keys under my bed
Left a thumpin’ in my head
I would say sorry, what’s the use

Cause, I’m not what I was last September
And I don’t wear the same robes in May
We know we shouldn’t do it, but we do it anyway
We know we might regret it but it seemed ok
Damn this wild young heart
Damn this wild young heart
Damn this wild young heart

If now is forever then what’s to prove
Cause it won’t be the same next summer
And I guess I’ll see you in the spring
Somebody tell me, tell me, tell me, when will I learn
I love it and I leave it and I watch it burn
Damn this wild young heart
I told you damn this wild young heart
Damn this wild young
Tell me, tell me, tell me when will I learn
Damn this wild young heart

One more for the road...

Sur la route des vacances, août 2009

Si vous êtes déjà montés à bord d’une voiture munie d’un autoradio, vous avez déjà été confrontés à la question suivante : qu’est-ce qu’on écoute ? On cherche un dénominateur commun, un truc qui ne déplaise à personne, qui sente un peu les vacances, mais dont on n’ait pas honte. Et au bout de trois heures de réflexion intense, après avoir passé en revue l’intégralité des CDs disponibles douze fois, on finit par attraper le premier de la pile.

Partant de là, il est crucial de bien choisir sa musique avant de partir. Ou d’emprunter la voiture de quelqu’un qui a bon goût, tout en prenant soin de brûler tout CD de Louise Attaque avant le départ, par précaution. Il faut aussi se méfier comme de la peste des conducteurs qui voudraient mettre la radio pour mettre tout le monde d’accord : vous allez à coup sûr vous retrouver à écouter Nostalgie. Vous les reconnaitrez facilement cela dit, ils ont un best of de Brassens dans le vide poche et une compil’ de Cloclo dans la portière (mais généralement pas de litière dans le coffre).

Bref, la musique en voiture, c’est parfois galère. Mon conseil ? N’y pensez pas trop et appuyez sur play. Les cheveux plein de sable et le coude au vent, montez le volume et faites coucou aux radars en chantant à tue-tête.
One more for the road…

“Admittedly he was listening to a Best of Queen tape, but no conclusion should be drawn from this because all tapes left in a car for more than a fortnight metamorphose into Best of Queen albums.” – Terry Pratchett and Neil Gaiman, Good Omen

Think for yourself...

Müggelsee, Berlin, août 2009

Tranquille sur la plage, il fait beau et je bronze en alternant bouquinage et photos. Je fais bien attention de ne pas mettre trop de sable entre l’objectif et le capteur, sans quoi l’image sera pleine de grain. Je prend encore plus soin du bouquin – c’est pas le mien. Le ciel est d’un bleu incroyable, la lumière qui tombe sur les lieux est un peu magique.

L’oeil dans le viseur, ma vision se trouble. Une masse s’est déplacée juste dans mon champ, et semble s’être arrêtée. Je bougonne et lève le nez ; il y a un type à vingt centimètres de mon objectif, l’air allemand et pas content.

- Eh toi, qu’est-ce que tu photographies comme ça ?

Je suis peut-être nul en teuton, mais si mes années au Kremlin-Bicêtre m’ont appris une chose c’est à reconnaître les racailles qui cherchent la merde. Je passe en mode sourire désarmant de naïveté. Surtout, surtout, ne pas lui donner l’impression à un quelconque moment que je comprends quoi que ce soit de ce qu’il raconte.

- Sorry?

Ça lui coupe un peu l’herbe sous le pied, mais je sens bien que ça n’est pas gagné. Il est tout seul, pas bien grand, j’enclenche la deuxième vague.

- Je ne parle pas allemand, je peux vous aider ?
- (en allemand) Qu’est-ce que tu prends en photo, hein ? Qu’est-ce que tu prends en photo ? Arrête de prendre des photos t’entends ? What you fotografiert?

Je me retiens in-extrémis de lui répondre que là, je vais prendre son gros cul en photo s’il ne bouge pas.

- La plage, mon grand, je prends la plage en photo. Quoi d’autre ? C’est beau la plage, regarde toutes ces couleurs. Pourquoi, il y a un problème ?

Sa tête vient de passer du rouge au pourpre, et il se met à crier. “Arrête de prendre des photos, t’as pas le droit, Arrête de prendre des photos maintenant ok ?!”. Il tape mon objectif du plat de la main, et je lâche l’air naïf pour un regard noir.

- Woah, keep it easy man! C’est mon appareil que tu viens de toucher là connard. Je ne fais rien de mal, je prends juste des photos. C’est pas un crime, et t’es pas dessus, lâche-moi maintenant, ok ?

Il fait demi tour, sa copine l’interroge du regard. Si j’étais parfaitement rationnel, je rangerais mon appareil et on n’en parlerait plus, mais je suis énervé et bien décidé à ne pas me laisser marcher dessus. Le vent se lève, et le bateau gonflable à côté de moi décolle.

Le voilà qui revient à la charge. Il est accompagné d’un type avec un polo aux couleurs du bar de la plage. Zen, je reprends ma tête de gentil paumé pendant qu’il m’explique que je ne peux pas prendre de photos ici, sauf si j’ai une carte officielle de photographe, un mandat de l’administration ou si je suis journaliste. Tout sourire, je lui réponds en anglais que je ne comprends pas. Il me demande quelle est ma profession.

- Écoutez, je ne fais que prendre des photos, si vous voulez les regarder il n’y a aucun problème, vous verrez, je ne suis pas un pervers. Tenez, jetez un œil…

Je tourne mon écran vers eux, leur montre le bateau volant. Ça n’a pas l’air de les émouvoir beaucoup. Le barman me ré-explique que c’est illégal, que je ne peux pas prendre les gens en photo comme ça sans leur consentement. Je ne suis pas censé comprendre, je ne peux donc pas répliquer qu’on est sur un lieu public, qu’à partir du moment où je fais des plans larges c’est pas son affaire, et qu’en plus de ça je me casse la tête pour faire des cadrages avec les gens à contre-jour ou de dos pour éviter tout problème. Je fulmine intérieurement. Mais il fait beau, j’ai envie de lire et de bronzer un peu, et plutôt que d’envenimer le débat et de rameuter la plage tout entière, je tempère.

- Ok listen, regardez autour de vous, tout le monde a un appareil photo là. Alors je vais ranger le mien ; je vois bien qu’il est un peu trop visible pour vous. Mais quand même, je suis sincère : je n’envahis la vie privée de personne et je ne viole aucune loi.

Je range mon appareil, ils semblent satisfaits et s’en vont. Je mets mon casque rageusement et j’attrape mon bouquin. La chanson commence, et je glousse ; mon iPod m’envoie un message.

Think for yourself
Question authority

Throughout human history, as our species has faced the frightening, terrorizing fact that we do not know who we are, or where we are going in this ocean of chaos, it has been the authorities, the political, the religious, the educational authorities who attempted to comfort us by giving us order, rules, regulations, informing, forming in our minds their view of reality. To think for yourself you must question authority and learn how to put yourself in a state of vulnerable, open-mindedness; chaotic, confused, vulnerability to inform yourself.

Think for yourself.
Question authority.

Quatorze minutes et cinq secondes plus tard, je change ma serviette de place et je dégaine le réflex à nouveau. Cette fois-ci, je vise sous la ceinture. Fallait pas me faire chier.

Put your records on

Cerf-volant, Trouville, août 2009

Three little birds, sat on my window.
And they told me I don’t need to worry.
Summer came like cinnamon
So sweet,
Little girls double-dutch on the concrete.

Maybe sometimes, we’ve got it wrong, but it’s alright
The more things seem to change, the more they stay the same
Oh, don’t you hesitate.

Girl, put your records on, tell me your favourite song
You go ahead, let your hair down
Sapphire and faded jeans, I hope you get your dreams,
Just go ahead, let your hair down.

You’re gonna find yourself somewhere, somehow.

Blue as the sky, sunburnt and lonely,
Sipping tea in the bar by the roadside,
(just relax, just relax)
Don’t you let those other boys fool you,
Got to love that afro hair do.

Maybe sometimes, we feel afraid, but it’s alright
The more you stay the same, the more they seem to change.
Don’t you think it’s strange?

Girl, put your records on, tell me your favourite song
You go ahead, let your hair down
Sapphire and faded jeans, I hope you get your dreams,
Just go ahead, let your hair down.

You’re gonna find yourself somewhere, somehow.

It was more than I could take, pity for pity’s sake
Some nights kept me awake, I thought that I was stronger
When you gonna realise, that you don’t even have to try any longer?
Do what you want to.

Girl, put your records on, tell me your favourite song
You go ahead, let your hair down
Sapphire and faded jeans, I hope you get your dreams,
Just go ahead, let your hair down.

Girl, put your records on, tell me your favourite song
You go ahead, let your hair down
Sapphire and faded jeans, I hope you get your dreams,
Just go ahead, let your hair down.

Oh, you’re gonna find yourself somewhere, somehow